Non à la guerre au Nord et à l’Est de la Syrie! Un mouvement international peut stopper cette guerre!

Ayant reçu le feu vert de l’impérialisme américain, le régime d’Erdoğan a lancé une invasion massive dans le Nord et l’Est de la Syrie. Le 9 octobre, des avions de combat des forces armées turques ont commencé à bombarder la région. L’élite dirigeante a prouvé que son cynisme n’a aucune limite, en baptisant cette guerre « Opération Source de Paix ». Un mouvement de masse international peut stopper cette poignée d’exploiteurs qui, pour défendre ses intérêts, est prête à bafouer les droits des masses populaires et des pauvres de nationalités turque, kurde, arabe et autres et, une fois encore, à lancer des bombes et des tanks contre les populations.

Le régime d’Erdoğan et ses partisans utilisent l’expression « zone de sécurité » pour justifier l’attaque du Nord et de l’Est de la Syrie par la deuxième force militaire de l’OTAN, accompagnée de djihadistes de la région récemment regroupés dans l’Armée Nationale Syrienne. A l’instar des Etats-Unis et d’autres forces impérialistes qui ont justifié leurs guerres contre l’Afghanistan, l’Irak et d’autres pays au nom de la démocratie, le régime d’Erdoğan et ses partisans décrivent cette guerre comme une nécessité pour la sécurité des frontières turques. Ils espèrent que l’on croie de tels mensonges. Tout cela n’est que démagogie, comme en témoignent les plus de 100.000 personnes déjà déplacées par l’offensive de l’armée turque. Pendant le conflit syrien, des centaines de milliers de personnes ont perdu la vie, des millions de personnes ont fui leur foyer et des villes entières ont été détruites. Mais jusqu’à présent, la région du Nord-Est de la Syrie, jusqu’à la frontière turque, avait été relativement épargnée.

Le régime d’Erdoğan n’a jamais levé le petit doigt quand l’État islamique (Daesh) brûlait des gens vivants, les décapitait et les réduisait en esclavage. La première et dernière opération contre Daesh près de la frontière turque a été menée en août 2016 par les Forces démocratiques syriennes (FDS – principalement composée des YPG/YPJ kurdes). Elles se sont déplacées à l’Ouest de l’Euphrate, étant entendu qu’elles chasseraient Daesh sans prendre le contrôle de la région.

La principale raison de cette guerre initiée par le régime d’Erdoğan est la crainte que les Kurdes de Syrie n’obtiennent les droits démocratiques qu’ils revendiquent. Il craint que cela n’encourage les plus de 20 millions de Kurdes vivant à l’intérieur des frontières turques puisqu’ils ne disposent même pas des droits démocratiques les plus basiques, ne parlons même pas de ceux acquis au Nord-Est de la Syrie au cours de ces huit dernières années. Cela explique pourquoi les partis et toutes les sections du régime en Turquie, des kémalistes aux néo-ottomans, des islamistes aux ultra-nationalistes, font la queue pour soutenir la ligne nationale-chauviniste soutenue par Erdoğan. Ils ont tous approuvé cette opération militaire au Parlement, permettant ainsi à l’armée turque de franchir la frontière.

Les ambitions impérialistes

Erdoğan se dit recourt dans ses discours à une terminologie datant de la conquête ottomane. Le régime, qui a soigneusement évité d’utiliser le terme de « guerre » dans l’opération de conquête d’Afrin en janvier 2018, parle cette fois ouvertement de guerre.

Cette opération est une guerre de conquête du régime d’Erdoğan. Il entend s’en prendre à l’autonomie des Kurdes, mais aussi ouvrir de nouvelles possibilités pour la Turquie en tant que puissance impérialiste en s’emparant du Nord et de l’Est de la Syrie. Le régime fait constamment référence à l’intégrité territoriale de la Syrie, mais ce n’est qu’une tactique. Si le régime d’Erdogan n’avait voulu agir que pour bloquer les Kurdes, il aurait convenu avec le régime d’Assad d’une approche commune, plutôt que de risquer une issue incertaine.

Le régime a un autre objectif très clair : il veut renvoyer des réfugiés vivant en Turquie dans les différentes parties du Nord et de l’Est de la Syrie en créant des zones tampons entre les régions kurdes en modifiant la structure démographique de ces zones géographiques et en dressant Arabes et Kurdes les uns contre les autres. C’est ce que le régime de Hafez al Assad a fait par le passé pour créer ce que l’on appelle la « ceinture arabe ». Il veut également transférer les groupes djihadistes actuellement bloqués à Idlib, dans l’Ouest de la Syrie, plus à l’Est, afin d’établir leur présence dans le pays à moyen et long terme. Naturellement, cela ouvre aussi la région aux entreprises turques, en particulier dans le secteur de la construction, pour relancer l’économie turque en déclin.

L’hypocrisie de l’impérialisme américain

L’impérialisme américain, dans sa campagne contre Assad en Syrie, a fourni des armes et un soutien aérien directement aux YPG (les Unités de protection du peuple), d’abord pendant le crucial siège de Kobané par Daesh après que ce dernier se soit emparé d’un vaste territoire et ait déclaré un « État Islamique ». Mais les relations des États-Unis avec les YPG ont compliqué ses relations avec le régime turc, important membre de l’OTAN. En réponse, le régime d’Erdoğan, qui s’est trouvé allié aux États-Unis contre le régime d’Assad, a utilisé l’achat de missiles S-400 à la Russie pour développer des relations tactiques défensives avec le Kremlin. Cela a maintenu les États-Unis sous pression constante pour satisfaire la principale exigence d’Erdoğan : couper son lien avec les forces kurdes. La récente décision de Trump, semble-t-il, d’autoriser cette opération était destinée à satisfaire la revendication de la Turquie après que le territoire contrôlé par Daesh ait été pratiquement réduit à néant.

Cela fait suite, il y a moins d’un mois, aux efforts déployés par les États-Unis pour persuader les FDS (Forces démocratiques syriennes, qui comprend des troupes du YPG auprès d’autres composantes armées) de battre en retraite dans le cadre d’un accord avec la Turquie sur une prétendue « zone sécurisée ». L’impérialisme américain a ainsi trompé les FDS juste avant de donner le feu vert à l’opération d’Erdoğan.

Les calculs russes et syriens

L’opération d’invasion du Nord et de l’Est de la Syrie ne serait pas possible sans l’approbation du régime syrien et celle du grand frère d’Assad, le régime de Poutine. Les calculs effectués par la Russie et la Syrie sont à prendre en compte dans l’influence de la Turquie sur les groupes djihadistes.

Lorsque la Turquie a envahi la région située entre Kobané et Afrin en 2016, elle a déplacé les forces djihadistes d’Alep à Idlib, au profit de la Syrie et de la Russie au point qu’elles ont regardé ailleurs. De même, elles ont fermé les yeux lorsque l’armée turque a envahi Afrin, en déplaçant les djihadistes du Sud de Damas vers Idlib. À la suite de ces opérations, tous les groupes djihadistes autrefois dispersés en Syrie ont été rassemblés en un seul endroit, Idlib.

Aujourd’hui, alors que la Turquie occupe le Nord et l’Est de la Syrie, il est probable qu’elle déplacera les forces djihadistes d’Idlib vers cette partie du pays. Les régimes syrien et russe ont planifié une opération militaire totale dans ce territoire dans le même but. Les derniers rapports militaires, s’ils sont confirmés, suggèrent que des frappes aériennes russes sur le territoire d’Idlib ont sans aucun doute été menées pour accélérer ce processus.

En outre, le régime d’Assad est également intéressé à mettre un terme aux aspirations démocratiques et sociales du peuple kurde et est actuellement très heureux que les Kurdes subissent l’agression militaire turque, avant d’être contraints de se soumettre à son régime.

David contre Goliath

Les FDS ont annoncé qu’ils se battront jusqu’au bout sur tous les fronts. Pendant combien de temps pourront-ils résister à l’une des plus grandes armées de l’OTAN ? Contrairement à Afrin, le territoire à l’Est de l’Euphrate est plat. Cela signifie qu’une guerre de front ouverte contre une machine militaire bien équipée ne sera pas facile à soutenir. Néanmoins, alors que l’opération d’Afrin a duré deux mois, cette guerre pourrait durer plus longtemps.

A court terme, il est difficile qu’émerge un mouvement anti-guerre en Turquie en raison de l’absence de droits démocratiques et de liberté d’expression tandis que de larges pans de la classe ouvrière sont influencés par le nationalisme et la propagande de guerre. Mais malgré cela, toutes les forces de gauche, y compris les syndicats, doivent immédiatement agir. Les circonstances changeront au fur et à mesure que la guerre s’éternisera et que toutes ses contradictions et conséquences seront révélées à la classe ouvrière. Il deviendra évident que le régime d’Erdoğan utilise cette guerre pour détourner l’attention de la réalité politique dans laquelle vivent les travailleurs et les pauvres, où la cherté de la vie et le chômage ne font que s’aggraver.

Dans un premier temps, il est plus probable qu’une réaction efficace contre cette invasion émerge au niveau international, en particulier en Europe. La classe ouvrière européenne est très sensibilisée à cette question, notamment en raison du rôle dominant que les combattants kurdes ont joué dans la guerre contre Daesh. Les syndicats, les organisations non gouvernementales et la gauche peuvent lancer un mouvement anti-guerre international. Mais il est crucial que des appels soient lancés aux travailleurs et aux pauvres turcs car, en Turquie, Erdoğan présente les réactions internationales contre la guerre comme de simples « pressions impérialistes ».

L’invasion du Nord et de l’Est de la Syrie ne résoudra aucun des problèmes auxquels est confrontée la classe ouvrière turque. Nier le droit du peuple kurde à l’autodétermination là où ils vivent, au même titre que n’importe quel autre peuple, n’apportera aucune amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière. Au contraire, cette guerre renforcera la classe dirigeante, répandra la haine parmi la population et provoquera de nouveaux schismes ethniques et sectaires.

Aujourd’hui, le Moyen-Orient est un bain de sang où les travailleurs, les pauvres et les opprimés sont amenés à s’entre-tuer au milieu de la famine, des maladies, de la mort, de la pauvreté et de la migration. L’antidote à ce bain de sang est de lutter contre l’impérialisme et le capitalisme ainsi qu’en faveur d’une véritable alternative reposant sur l’unité de la classe ouvrière sans distinction raciste, sur base d’ethnie ou de confession religieuse ou encore de genre ; pour une société sans exploitation ni oppression nationale, c’est-à-dire une Confédération socialiste démocratique et volontaire du Moyen-Orient. Même si cela semble difficile aujourd’hui, il n’y a pas d’autre solution.

Non à la guerre contre les Kurdes !

• Arrêt immédiat de l’opération « Source de Paix » !
• Les syndicats, les ONG et la gauche, en Turquie et au niveau international, doivent organiser des manifestations contre la guerre !
• Suppression du soutien à tous les groupes djihadistes, qu’il s’agisse de l’Armée Syrienne Libre ou de l’Armée Nationale Syrienne !
• Toutes les forces impérialistes hors du Moyen-Orient !
• Défense du droit à l’autodétermination des Kurdes et de tous les groupes opprimés !
• Pour l’unité de tous les travailleurs, paysans, jeunes et femmes du Moyen-Orient – contre toute discrimination fondée sur la religion, la langue, ou le genre, toutes et tous sous la bannière du socialisme !
• Vive la solidarité internationale des travailleurs !
• Pour une confédération socialiste démocratique et volontaire du Moyen-Orient.

 

Déclaration de Sosyalist Alternatif (section du CIO en Turquie)