Uberisation des transports : Montréal laisse le champ libre aux vélos JUMP

En juin dernier, les vélos électriques JUMP de Uber ont fait leur apparition dans les rues de Montréal avec l’aval de l’administration Plante. La Ville a pourtant déployé une soixantaine de vélos électriques en libre-service BIXI l’an dernier, dans le cadre d’un projet pilote. La Ville a depuis retiré ces vélos de la circulation, laissant le champ libre à la multinationale corrompue.

Malgré le succès du projet pilote de vélos électriques de BIXI, TVA Nouvelles rapporte que la Ville de Montréal veut «prendre le temps d’analyser les résultats avant d’en parler davantage». Depuis le déploiement de BIXI en 2009, son utilité et sa popularité ne sont plus à démontrer. En 2017, plus de 259 000 personnes ont utilisé le service à Montréal, une hausse de plus de 129 000 depuis 2014. BIXI a connu une hausse de plus de 500 000 déplacements en 2018, totalisant 5,4 millions de déplacements.

Rappelons que les vélos BIXI sont une création québécoise. Le vélo lui-même a été créé par un designer industriel montréalais, Michel Dallaire. La fabrication a été assurée par Devinci, une entreprise saguenéenne. Le concept a même été exporté, de Minneapolis à Melbourne en passant par Londres et Toronto.

De l’argent à faire à Montréal

Mais voilà que, flairant la bonne affaire, Uber arrive avec ses vélos électriques JUMP. JUMP (Social Bicylcles inc.) est une petite compagnie qu’Uber a rachetée en 2018. Force est de constater qu’après seulement une semaine d’utilisation, le pari est réussi. Plus de 10 000 déplacements en vélos JUMP ont été enregistrés à Montréal!

Le porte-parole d’Uber Canada, Jean-Christophe de Le Rue, semble même dire qu’il s’agit d’un honneur pour la métropole de recevoir ce nouveau concept de location de vélos. Une entente a été conclue en mars dernier avec la Ville de Montréal pour soi-disant « diversifier l’offre de services de mobilité », argument principal de Uber. Ce nouveau projet d’Uber met ainsi fin au monopole des vélos en libre-service de BIXI.

C’est une excellente idée de diversifier les offres de transport en commun et de transport actif. Le vélo électrique partagé est un excellent moyen de déplacement urbain pour les travailleurs et les travailleuses. Or, pour qu’un service comme JUMP soit bénéfique pour la majorité de la population, il doit répondre aux besoins dans une optique d’accessibilité et d’intégration des services de transport en commun déjà existants. La stratégie de JUMP est plutôt celle du parasitisme des structures actuelles, approche typique à Uber.

Les infractions sont légion

L’entente avec la Ville interdit aux usagers et aux usagères de JUMP de laisser leurs vélos à l’abandon ou de les laisser gêner le passage sur les trottoirs. Selon le règlement municipal, les vélos doivent être attachés aux supports de la Ville ou à certains emplacements prédéterminés. De plus, les personnes utilisatrices doivent porter un casque. Ces voeux pieux ont immédiatement été violés.

Une semaine après le déploiement de JUMP, l’administration Plante a lancé un premier avertissement à Uber. La Ville a timidement dénoncé les infractions commises: vélos attachés au mobilier urbain, sur des clôtures privées, sur des supports à BIXI ou abandonnés sur le domaine public. «Ce n’est pas catastrophique», soutient toutefois Sophie Mauzerolle, conseillère associée, urbanisme et mobilité, au comité exécutif de la Ville.

Si la violation de la réglementation municipale ne stresse ni la Ville ni Uber, c’est que ce sont les gens ordinaires qui voient leur support à vélo ou leur clôture être occupés par les vélos JUMP. Si aucune contravention n’a encore été imposée, Montréal menace l’opérateur d’amendes de 100 à 2 000$ par infraction. Ce que JUMP refilera à hauteur de 25$ aux utilisateurs et utilisatrices fautives.

Question accessibilité, louer un vélo JUMP coûte 9$ pour 30 minutes. Le tarif du BIXI est de 2,95$ pour la même durée. Et contrairement à BIXI, JUMP ne redistribue pas les vélos dans la ville durant la journée. Uber assure que «le marché se stabilise et les vélos se dispersent adéquatement».

Le modèle d’Uber

Permettre ainsi à Uber d’étendre ses services, c’est oublier la triste histoire de corruption de l’entreprise. C’est oublier l’exploitation éhontée des travailleurs et travailleuses à son emploi. Cette situation est endossée par nos élites politiques qui ferment les yeux sur le modèle d’affaire destructeur d’Uber. Partout dans le monde, la multinationale contourne les lois et les réglementations en vigueur, car elle fait passer ses activités commerciales régulières pour des activités occasionnelles.

C’est aussi oublier que, de toute évidence, Uber tente de prendre le contrôle de tout ce qui touche au transport et aux déplacements dans nos milieux de vie (UberX, Uber Eats, UberPool, etc.). Le tout par le biais d’une plateforme accessible à partir de nos téléphones intelligents. Un service que nous utilisons gaiement en divulguant une foule d’informations personnelles comme nos adresses, nos habitudes de déplacement ou même de consommation.

Pour des vélos électriques publics intégrés au système de transport en commun!

Plutôt que de céder – encore une fois – aux pressions d’une multinationale qui s’attaque déjà à nos taxis et à nos services de covoiturage, la Ville de Montréal doit évincer JUMP en redéployant le plus vite possible les vélos électriques BIXI. Seuls la Ville, ses arrondissements et les différents acteurs de la communauté peuvent gérer rationnellement l’offre de transport en commun en fonction des besoins de la population. Ne laissons pas Uber déterminer le nombre de vélos électriques à mettre en circulation, où, quand et comment. C’est plutôt aux communautés montréalaises de déterminer démocratiquement ce dont elles ont besoin.

Si nous laissons le développement de nos moyens de transport entre les mains des capitalistes, nous n’aurons aucune garantie quant à leur qualité, leur efficacité, leur accessibilité ou aux conditions de travail offertes aux personnes qui y sont employées. Prenons le contrôle de nos déplacements! Organisons-nous pour améliorer l’offre de transport selon les besoins de la majorité de la population, celle qui étudie, qui travaille ou qui est retraitée. Ne laissons pas une multinationale nous dicter ce qui est nécessaire à l’amélioration de la mobilité de nos villes!

Alexandra L. et Émily P.G.

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