Les membres de QS s’affirment: la candidate socialiste à la formation récolte 36 %

À la fin mars, le Conseil national de Québec solidaire a été le théâtre d’une chaude lutte pour l’élection des responsables à la mobilisation et à la formation au sein du Comité de coordination national du parti (CCN). Même si l’équipe de direction actuelle a réussi à y faire élire ses allié·e·s, les résultats montrent une cristallisation du vote oppositionnel et socialiste dans le parti.

Les élections à la direction de Québec solidaire (QS) tenues lors Conseil national (CN) du 29 au 31 mars ont connu le plus haut taux de participation enregistré. Plus de 94 % des 247 délégué·e·s présent·e·s ont voté. La conseillère syndicale et membre d’Alternative socialiste Molly Alexander a récolté un soutien de 36 % au poste de responsable à la formation. Elle a fait face à la candidate sortante, Marie-Josée Forget, qui a remporté la victoire. L’appui du tiers de la délégation à une candidature ouvertement socialiste prouve qu’il existe un intérêt croissant au sein de QS pour des solutions de gauche radicale au désastre capitaliste.

L’élection la plus serrée a toutefois été celle du poste à la mobilisation. Thibault Camara, militant de la base dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, a récolté 46 % des voix. Son rival, le conseiller syndical Maxime Larue Bourdages, a gagné avec 54 %. Le tout s’est joué sur 17 votes. L’un des questionnements soulevés durant la campagne a concerné la proximité des idées de Maxime avec la tendance top/down déployées par la direction actuelle du parti.

Polarisation politique
L’appui d’une grande partie des délégué·e·s à ces candidatures oppositionnelles réaffirme la tendance des membres de la base à se tenir debout face au courant électoraliste et nationaliste de la direction. Ce courant a échoué à faire avaler aux membres les alliances électorales avec le PQ en 2017. Cette tendance essuie un nouveau revers avec le vote massif des délégué·e·s pour l’Option B (contre l’interdiction du port de signes religieux).

Molly Alexander et les camarades d’Alternative socialiste sont d’ailleurs fières d’avoir participé à mettre sur pied le groupe Solidaires pour un Québec inclusif et à animer la campagne pour l’Option B aux quatre coins du Québec. Cette campagne d’éducation politique à la base a démontré comment le débat parmi les membres et la confiance politique qui en découle permet de contrôler démocratiquement QS.

À la surprise de plusieurs, ce sont les éléments de l’aile parlementaire provenant d’Option nationale — Catherine Dorion et Sol Zanetti — qui tiennent le discours le plus près des membres de la base. Leur prise de position anticapitaliste, indépendantiste et résolument contre les discriminations xénophobes aide à clarifier les tâches politiques qui se pose aux membres de QS.

Miser sur la formation politique des membres…
Pendant le mois de mars, Molly Alexander et son équipe ont mené une campagne d’idées axée sur la nécessité de former politiquement les membres de la base. Il s’agit de la clé de voûte pour que les membres se mobilisent, mobilisent leur communauté et participent ainsi à créer de réels mouvements sociaux. Cette idée a eu un impact certain, notamment en région où la candidate a proposé d’adapter la formation aux réalités locales.

… n’est pas une priorité de la direction de QS
Cette approche n’a toutefois pas été reprise durant la campagne par son opposante, Marie-Josée Forget. Cette dernière a d’ailleurs bénéficié de l’appui de la direction actuelle de QS, en plus de celui d’une partie de l’ancienne direction. En contraste avec la campagne d’idées et de stratégies politiques d’Alexander, celle de Forget s’est plutôt articulée autour de ses qualités personnelles, en particulier de son approche rassembleuse et consensuelle.

Le clivage entre les deux candidates s’est clairement exprimé dans les résultats du vote final. Les délégué·e·s pouvaient à la fois voter POUR ou CONTRE chaque candidature. Au final, la combinaison POUR Marie-Josée Forget et CONTRE Molly Alexander a été la plus saillante de toutes les candidatures. L’inverse (POUR Alexander/CONTRE Forget) s’est très peu vu. Dans le vote pour les candidats à la mobilisation, cette combinaison POUR/CONTRE a également été très marginale. Le fait que plusieurs personnes aient pris le temps de voter CONTRE Alexander exprime leur volonté de ne pas la voir siéger sur le CCN, peu importe ses idées.

Privilèges et iniquités
Des difficultés organisationnelles ont aussi parsemé la campagne électorale interne. Promise aux personnes candidates à la mi-mars, la liste des courriels des personnes à la coordination des associations locales ne leur a été fournie que deux jours avant le CN, malgré des demandes répétées.

Certaines personnes auraient pu avoir accès à ces coordonnées bien avant grâce à leur position sur le CCN ou leur proximité avec l’appareil du parti. Si ce privilège est possible, pourquoi QS ne le rend-il pas accessible à toutes les candidatures dès le départ?

De plus, toutes les personnes candidates n’ont pas les mêmes capacités d’action. Tout le monde ne peut pas prendre un mois de vacances à parcourir le Québec pour défendre leur candidature dans les associations locales et régionales. D’ailleurs, seule une poignée de ces associations ont accepté et pu organiser un débat entre les personnes candidates. Pourquoi le parti ne crée-t-il pas des espaces de débats équitables et accessibles pour tout le monde? Pourquoi Québec solidaire ne favorise-t-il pas une visibilité plus juste de toutes les candidatures?

Davantage d’obstacles pour les candidatures de la base
Cette accessibilité démocratique en a pris pour son rhume lors de la 3e journée du CN. Le nombre de signatures de membres requis pour déposer sa candidature au poste de porte-parole national du parti est passé de 100 à 500. Cette proposition de la direction du parti a été défendue par les membres du CCN et finalement adoptée à majorité par les délégué·e·s. L’argument voulant que cette hausse favorise des candidatures plus « sérieuses » a été entendu. Toutefois, les membres de QS n’ont pas tous et toutes les moyens et les capacités d’avoir ce « sérieux ». Cette hausse du seuil de signatures bénéficiera d’abord et avant tout aux personnes déjà en poste à la direction, qui possède déjà un réseau national ou encore aux candidatures vedettes en moyen qui viennent de l’extérieur du parti.

Défendre la démocratie par la formation politique
La victoire de l’Option B montre que l’approche prônée par Molly Alexander et Alternative socialiste, celle de la formation politique tournée vers la base (grassroot), est essentielle pour maintenir la santé démocratique chez QS. Cette approche nous permettra d’affronter les autres défis qui se dressent déjà devant nous. Par exemple, l’ambiguïté des sorties médiatiques des député·e·s Gabriel Nadeau-Dubois et Ruba Ghazal concernant l’Option B soulève la nécessité d’encadrer et de rendre redevable le travail de l’aile parlementaire. Le rapport du travail des 10 élu·es solidaires se résume à une prise de parole sans texte écrit. Cet enjeu sera d’ailleurs abordé lors du congrès de QS cet automne.

D’autre part, la direction a choisi de lancer, quelques jours avant le CN, sa campagne pour le climat Ultimatum 2020 adressée au gouvernement de François Legault. Elle lui demande d’élaborer d’ici 2020 un plan de réduction des gaz à effet de serre approuvé par des experts indépendants et d’interdire tout développement de projets pétroliers ou gaziers. Cette campagne est lancée au moment même où une partie de la base militante de QS organise, sans l’appui du parti, la riposte nécessaire au projet de loi 21 à partir des forces mobilisées durant la campagne pour l’Option B.

Entendons-nous bien : une campagne de terrain sur le climat est nécessaire. Or, elle ne peut pas s’imposer d’en haut. Avant de penser mobiliser les membres derrière les actions parlementaires des député·e·s solidaires, encore faut-il les former et débattre des enjeux en question. Si nous voulons réellement participer à construire un mouvement de masse pour le climat, nos membres devront être en mesure de défendre un projet de transition écologique qui rompt avec le désastre du système capitaliste.

Et c’est seulement en mobilisant massivement les travailleurs, les travailleuses et la jeunesse que le parti sera en mesure de faire tomber le système d’exploitation capitaliste actuel. Seul un tel parti pourra entreprendre la construction d’une société gérée non pas en fonction d’une minorité possédante, mais selon les besoins de la vaste majorité de la population.

Julien D.

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