Les cuisines insalubres du réseau de la santé : Notre santé avant votre budget!

Équipement vétuste, manque de ressources, pénurie de personnel, environnement insalubre, pression au travail : voici ce que doivent vivre aux quotidiens les préposé·e·s, aide-cuisinier·ère·s et cuisinier·ère·s des différents services alimentaires du secteur Dorval-Lachine-Lasalle. Les travailleuses et les travailleurs répètent sans cesse à leurs gestionnaires ce qui ne marche pas dans les cuisines. Ceux-ci ne répondent que par un haussement d’épaules : le budget ne permet pas à répondre à leurs besoins.

L’argent, toujours l’argent…

À la cuisine du centre d’hébergement de Lachine, un projet de rénovation de la laverie est en suspens depuis plus de deux ans. « Chaque saison, on nous dit que la rénovation est pour la prochaine saison. Puis, lorsqu’on redemande à notre gestionnaire quand les travaux vont commencer, il nous apprend que c’est encore reporté », nous fait remarquer un travailleur qui préfère conserver l’anonymat. Les travailleuses et les travailleurs de la cuisine doivent endurer une laverie complètement désuète. Les murs sont tellement pourris que de la moisissure apparaît lorsqu’il fait chaud. L’été, la chaleur est insoutenable. Parfois, les préposé·e·s doivent travailler les pieds dans l’eau à cause des refoulements d’égout. Sans oublier le mouvement de torsion qu’ils et elles doivent faire au moins 200 fois dans leur quart de travail lorsqu’il faut vider les restants de table des cabarets. Pourtant, tout le monde est d’accord pour que la laverie soit rénovée. Le comité paritaire en santé-sécurité du travail, la CNESST et l’ASSTAS1 ont convenu qu’il fallait rénover. L’employeur nous apprend que les travaux devraient commencer en août, si le ministère approuve les dépenses.

… et des accidents de travail

À la cuisine de l’hôpital Lasalle, le plancher est directement sur le béton. Toujours la même excuse : le budget ne permet pas l’installation d’un recouvrement. Entre-temps, c’est les salarié·e·s qui subissent des accidents. « Quand on se déplace avec les échelles, les roues restent prises dans le plancher. Alors, elles tombent par terre », nous informe Gretel Henry, préposée au service alimentaire. On n’hésite pas à accuser les salarié·e·s de ne pas faire attention lorsqu’ils et elles se font mal. Sans oublier les accidents de travail qui sont systématiquement contestés par le bureau de santé. De toute évidence, pour l’employeur, la santé de nos membres travaillant dans nos cuisines n’est aucunement dans ses priorités.

Des solutions pour lutter pour notre sécurité

La situation n’est pas plus rose dans les cuisines du centre d’hébergement Lasalle et du foyer Dorval. Nos confrères et consœurs du centre d’hébergement Lasalle ont dû remplir des rapports de situation à risque pour des réfrigérateurs surchargés. C’est un travail très éreintant. On doit soulever des charges très lourdes qu’on doit déposer sur des étages surélevés. À la réception des commandes, nos consœurs et confrères doivent tout au long d’un même quart de travail défaire une « palette » seul·e. « Les travailleurs et les travailleuses ne devraient jamais tolérer une situation risquée. C’est pourquoi on encourage à les remplir et les remettre à leur gestionnaire. Ainsi, c’est plus facile pour le syndicat d’intervenir », note Martin Gendron, membre du comité de mobilisation et préposé au service alimentaire de l’hôpital Sainte-Anne. Il est vrai que dans certaines situations, il faut faire preuve d’opiniâtreté: « Lorsque l’employeur ne bouge pas, il est toujours possible de faire un droit de refus ». Lui-même auteur d’un droit de refus par le passé, Martin Gendron a exécuté son droit en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Notre confrère n’a reçu aucune sanction puisque la loi le protège en ce sens.

On se rend compte avec le délabrement des cuisines du CIUSSS Ouest-de-l’Île que la vision des services publics qu’a le Ministère de la Santé et des Services sociaux est purement mercantile. Les exigences du ministère envers les gestionnaires sont de prioriser l’équilibre budgétaire, et ce, au détriment de la santé des travailleuses et des travailleurs. Le gouvernement de la CAQ, comme celui du PLQ précédemment, prône une gestion des services publics copiée sur le modèle de l’entreprise privée. C’est une vision capitaliste qui est valorisée par ces deux gouvernements alors que les services publics sont censés répondre gratuitement aux besoins de tout le monde de manière universelle.

Pour un système de santé pensé par et pour les gens

Face à ce paradoxe qui nous prouve qu’une telle gestion est incompatible avec la mission des services publics, il est plus que nécessaire pour les syndicats de développer leur propre vision. Et cette vision doit s’articuler autour des intérêts de la majorité de la population, et non autour d’abstractions comptables qui favorise l’entreprise privée. Face à cette gestion capitaliste, on doit répondre par une gestion socialiste!

Stop aux coupures, dehors le privé, non aux agences et aux PPP !

Pour un réinvestissement massif dans le système de santé!

Pour un système de santé public gratuit, accessible et universel!

Pour des assemblées générales intersyndicales d’organisation de la lutte!

 

Rémi, militant syndical au SCFP

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1 L’Association paritaire pour la santé et sécurité du travail des affaires sociales est un regroupement qui fait la promotion de la prévention dans le secteur de la santé en matière de santé et sécurité au travail.

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