Indexation des salaires au coût de la vie : la FSSS renoue avec une revendication offensive

Au début février, les délégué·e·s du Conseil fédéral de la FSSS, représentant plus de 90 000 bas salarié·e·s du réseau de la santé, ont voté à l’unanimité pour réintégrer dans leurs conventions collectives une demande d’indexation automatique des salaires au coût de la vie. Il s’agit désormais d’une des conditions pour participer au Front commun intersyndical de 2020.

Cette proposition a été amenée par le Syndicat des Employé(e)s du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (SECHUM), où Alternative socialiste (AS) a une présence depuis plusieurs années. Il s’agit d’un moyen concret pour défendre les bas salarié·e·s du secteur public. Ils et elles ont été systématiquement délaissé·e·s lors des négociations nationales des décennies passées.

Une lutte de longue haleine

Les conventions collectives de plus d’un demi-million de travailleurs et de travailleuses du secteur public et parapublic seront échues le 31 mars 2020. Les différentes centrales syndicales ont déjà amorcé des discussions pour déterminer leurs stratégies ainsi que pour formuler les revendications qui devront être déposées en octobre 2019.

AS mène campagne depuis plusieurs années pour l’indexation automatique des salaires au coût de la vie. AS a été la seule organisation à défendre cette idée depuis le début de la campagne pour le 15$/h minimum au Québec. Notre pétition, qui incluait cette demande, a amassé plus de 22 000 signatures, spécialement grâce aux employé·es du Syndicat du Vieux-Port de Montréal et des militant·es de Québec solidaire. Malgré tout, les directions syndicales ont dès le départ rejeté l’idée de l’indexation, en plus d’avoir défendu l’étalement d’une augmentation à 15$/h minimum sur plusieurs années. Cette attitude conciliante envers le patronat a eu pour conséquence de couper les ailes à une mobilisation qui, à l’image de celle des États-Unis ou du Canada anglais, aurait pu être massive.

Une revendication abandonnée

Cette fois-ci, nous reprenons l’offensive dans le milieu de la santé. De la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 80, les conventions collectives contenaient un mécanisme d’indexation annuelle des salaires en fonction de l’augmentation du coût de la vie, basée sur l’Indice des prix à la consommation (IPC). Par exemple, dans la convention de la FSSS 1969-1971, l’article 25.05 mentionne que « L’employeur ajuste les échelles de salaires pour tenir compte de l’augmentation du coût de la vie en prenant comme référence l’indice des prix des statistiques pour la région de Montréal ». Or, depuis plus de 30 ans, l’augmentation en fonction de l’IPC a été délaissée au profit du PIB. Cette logique a creusé un écart de plus en plus important entre les bas salarié·es de la santé et le coût de la vie.

L’indexation ET le montant fixe

Le SECHUM mène également campagne pour une autre revendication offensive historique des bas salarié·es de la santé: lier l’indexation des salaires avec une augmentation salariale d’un montant fixe pour tout le monde. Il s’agit de fixer les demandes salariales en argent plutôt qu’en pourcentage.

Depuis maintenant plusieurs rondes de négociations, les demandes salariales sont faites en pourcentage. Procéder de cette façon possède deux désavantages. Premièrement, cela creuse les inégalités entre les salarié·es, alors que la raison d’être du mouvement syndical est de les réduire. Une augmentation de 1,5% pour un psychologue gagnant 80 000$/an ne représente pas le même montant que pour une employée en entretien ménager qui gagne 35 000$/an (1 200$ vs 525$).

De plus, les demandes salariales en pourcentage diminuent notre rapport de force. Bien souvent, les professionnel·le·s sont satisfait·e·s de leurs augmentations salariales et les acceptent. Pour les bas salarié·e·s, c’est différent. Surtout quand l’augmentation est constamment en dessous du coût de la vie. Autrement dit, sur le long terme, les bas salarié·e·s s’appauvrissent malgré les augmentations.

Lentement mais sûrement, cette stratégie a causé un tort important aux bas salarié·e·s du secteur public. Nous devons maintenant le redresser. L’un des moyens pour y arriver est de revenir à une augmentation salariale fixe comme cela s’est fait lors du Front commun de 1972 avec la « semaine à 100 $ » et en 1976 avec la « semaine à 165 $ ».

Cette question sera débattue au début du mois d’avril.

Bruno-Pierre G.

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