Luttes des femmes en 2019 : Pour un féminisme socialiste!

L’année qui vient de passer a vu son lot de luttes féministes partout dans le monde. Depuis trois ans, la Marche des femmes du 20 janvier s’inscrit dans ce mouvement mondial de lutte aux oppressions de genre. Ici comme ailleurs, les luttes des femmes doivent toutefois avancer au-delà des manifestations et de la sensibilisation. La grève générale étudiante du 8 mars contre le sexisme dans l’État espagnol ou encore les débrayages chez McDonald et Google contre le harcèlement sexuel montrent la voie vers un féminisme socialiste, tourné vers l’action des travailleurs et des travailleuses.

Le féminisme fait un retour en force depuis la crise mondiale de 2007. Partout sur la planète, les femmes prennent la rue pour dénoncer leur oppression de genre. Des manifestations de masse contre la violence à l’égard des femmes ont éclaté à la suite de viols et de meurtres de femmes en Inde et en Argentine. Le 14 novembre 2018, plus de 1,5 million d’étudiant·e·s ont fait grève contre le sexisme dans les écoles et dans le système juridique de l’État espagnol, suite à l’appel des forces réunies par Izquierda Revolucionaria (section du CIO). En Irlande, en Pologne et en Argentine, les femmes se sont organisées pour défendre et vaincre les contraintes qui pèsent sur leurs droits en matière de procréation, remettant en cause la mainmise de l’église catholique sur les questions sociales.

Le mouvement #MeToo a sensibilisé le public du monde entier au fléau du harcèlement sexuel. L’élection de Donald Trump aux États-Unis et de Jair Bolsonaro au Brésil a provoqué des mouvements massifs contre leur attitude sexiste et pour la défense des droits des femmes. En Écosse, plus de 8 000 employées municipales à bas salaire de Glasgow ont fait grève pendant deux jours pour réclamer l’équité salariale. En septembre 2018, les employé·e·s de McDonald’s de dix villes aux États-Unis ont protesté sur leur milieu de travail contre le harcèlement sexuel. En novembre, des milliers d’employé·e·s de Google ont débrayé partout dans le monde pour les mêmes raisons.

Bien qu’il s’agisse principalement de mouvements disparates et que tous les pays n’ont pas été touchés de la même manière, une troisième vague féministe semble en marche. Cela fait suite à la première vague du 19e siècle et à la seconde qui s’étendait principalement à la fin des années 1960 et aux années 1970. Les luttes de masse actuelles impliquent une nouvelle génération de jeunes femmes qui soulèvent encore une fois les questions des violences faites aux femmes, du sexisme et des inégalités.

Au-delà des intersections…
L’ouverture des mouvements actuels à intégrer les hommes dans les luttes féministes, tout comme d’autres groupes opprimés, est très positive. L’idée selon laquelle les différentes oppressions « se croisent » constitue un pas en avant par rapport à certaines idées féministes radicales selon lesquelles les femmes seraient une catégorie sociale homogène dans laquelle les différences de race ou de classe jouent, tout au plus, un rôle minime. Cependant, l’utilisation du concept d’intersectionnalité tend la plupart du temps à considérer la classe comme une forme d’oppression parmi d’autres, sans comprendre comment toutes les oppressions sont enracinées dans la structure de la société de classes.

La crise économique a affaibli les espoirs de celles et ceux pour qui l’égalité des sexes s’obtiendra par le biais d’améliorations graduelles au sein du système capitaliste. Les mesures d’austérité mises en place par les libéraux – et qui seront certainement perpétuées par la CAQ – ont détruit de nombreux emplois et accru la précarité pour la grande majorité des femmes qui continuent de travailler dans le secteur public et parapublic. En même temps, la réduction des services et les hausses de tarifs pour les garderies ou encore les résidences pour personnes âgées poussent les familles à assumer elles-mêmes ce travail supplémentaire. Ce travail, qui n’est pas rémunéré, incombe la plupart du temps aux femmes. Par-dessus le marché, François Legault a décidé d’attaquer le droit au travail des femmes musulmanes voilées avec son soi-disant projet de « laïcité » de l’État.

… la société de classes capitaliste
Le capitalisme repose sur des relations économiques et sociales inégales sur le lieu de travail, dans la famille et dans la société en général. La ségrégation des femmes dans les secteurs peu rémunérés de l’économie et le transfert du fardeau des services publics à la famille freine l’autonomie des femmes. Elles sont moins outillées pour quitter une relation violente, par exemple. Au Québec et au Canada, les femmes gagnent en moyenne 0,87 $ pour chaque dollar gagné par les hommes. Ce statut économique inférieur entretient les inégalités et le statut social inférieur à l’origine de la violence de genre.

Les institutions capitalistes – telles que les médias, le système d’éducation, le système judiciaire ou encore les industries de la beauté, des loisirs et de la mode – renforcent les rôles, les comportements et les discours patriarcaux attribués aux femmes et aux hommes. Le capitalisme est un système dans lequel des marchandises sont vendues sur le marché dans un but lucratif. Cette marchandisation s’étend aux corps des femmes, à la fois directement par l’industrie du sexe et indirectement par le biais d’images et de textes. Pour mettre fin au viol, au harcèlement sexuel, à la violence domestique, au sexisme et à la discrimination entre les sexes, il est essentiel de changer les structures fondamentales du système. Il faut éradiquer le système capitaliste et son réseau de relations économiques et sociales inégalitaires.

Le rôle de la classe travailleuse
La classe des travailleurs et des travailleuses a un rôle central à jouer dans le processus de transformation de la société. Son pouvoir de stopper la production capitaliste et d’unir la majorité de la population constitue la clé de voûte pour gagner les luttes de la nouvelle génération de femmes militantes.

À titre d’exemple, la campagne contre la violence domestique, lancée en 1991 par The Militant (aujourd’hui le Socialist Party), a rapidement gagné une assise populaire grâce à sa capacité à s’orienter vers la classe travailleuse. La violence domestique a été présentée comme un enjeu lié au milieu de travail et aux syndicats. La violence que les femmes subissent à la maison a un impact sur leurs conditions de travail. En conséquence, les syndicats peuvent jouer un rôle militant afin d’améliorer la situation économique et sociale des femmes pour leur permettre de se sortir des relations violentes et de mener une vie indépendante.

Dans le contexte actuel de faible lutte sur les milieux de travail, expliquer le rôle central de la classe ouvrière n’est pas simple. L’adoption de la grève comme arme de lutte et le recours à la solidarité des travailleurs masculins ont toutefois constitué un aspect positif du mouvement international actuel. Les grèves à Glasgow, chez McDonald’s et chez Google sont des exemples frappants du potentiel de créer une unité entre les travailleurs et les travailleuses autour d’un aspect de l’oppression de genre.

Contrer l’austérité et le populisme de droite
La création et la construction d’instruments politiques sont toutefois nécessaires pour changer de système. D’une part, la crise économique et politique du capitalisme suscite le rejet de ses partis, de ses médias, de son système de justice et de sa culture sexiste. De l’autre, la banqueroute des partis traditionnels de la classe ouvrière et l’absence d’alternatives politiques anticapitalistes viables ont pour effet de canaliser le sentiment anti-establishment vers des partis populistes de droite. L’élection de Doug Ford en Ontario et de François Legault au Québec montrent bien cette polarisation de la classe ouvrière. De l’autre côté du spectre toutefois, Québec solidaire peut constituer un outil d’intervention dans le mouvement des femmes pour l’orienter vers une lutte politique antisystème.

Malgré leurs contradictions, les nouveaux mouvements de femmes ont le potentiel d’amorcer des luttes anticapitalistes pouvant regrouper des travailleurs et des travailleuses sur une base beaucoup plus large. Des tentatives seront faites pour faire dévier ces mouvements vers les partis politiques capitalistes existants ou, au contraire, pour les éloigner de toute action politique partisane, quelle que soit son orientation.

Partout dans le monde, les membres d’Alternative socialiste participent aux mouvements des femmes, débattent des idées et des stratégies de lutte qui émergent, tout en maintenant une orientation féministe socialiste. Pour nous, la lutte contre les oppressions de genre n’est possible que dans le cadre d’une lutte plus large de la classe travailleuse contre le système capitaliste. Contactez-nous pour en savoir plus!

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