Pourquoi lire le Programme de transition aujourd’hui?

Ce programme n’est pas l’invention d’un homme. Il découle de la longue expérience des bolcheviks. Je le répète : ce programme est la concrétisation de l’expérience collective des révolutionnaires. C’est l’application des vieux principes à la situation actuelle. Il ne faut pas le considérer comme gravé définitivement dans le marbre, mais comme adaptable à la situation objective.

– Léon Trotsky1


Pourquoi publier le Programme de transition du révolutionnaire Léon Trotsky au Québec en 2016? En quoi est-ce pertinent pour nos luttes actuelles? Parce que plus de 75 ans après sa parution, le Programme de transition voit encore son analyse et sa méthode confirmée par le cours des événements.

L’Humanité traverse actuellement une période de crises structurelles profondes jamais vue depuis la Grande Dépression des années 1930. Sa majorité est objectivement obligée de remettre en cause le système capitaliste sur le plan économique, social, politique et environnemental pour éviter un déclin permanent de ses conditions de vie. Les vagues de mouvements de masses et les processus révolutionnaires des 10 dernières années sont là pour en témoigner. À la suite de la crise de 2007-08, des grèves générales d’une ampleur sans précédent ont déferlé sur toute la surface de la planète. En 2012, la plus importante grève générale de tous les temps a mobilisé plus de 100 millions de personnes en Inde. Des révolutions ont disloqué des régimes dictatoriaux établis depuis des décennies en Afrique du Nord, notamment en Tunisie et en Égypte. Dans ces pays toutefois, les acquis révolutionnaires n’ont pas pu être sauvegardés en raison de l’absence d’une direction ouvrière prête à offrir une perspective révolutionnaire socialiste aux populations en lutte. Des forces religieuses et militaires réactionnaires ont saisi le vide politique ainsi créé pour s’imposer, prendre la direction du pays et faire subir à nouveau l’oppression aux classes travailleuses et populaires.

En Europe, cette « crise historique de la direction du prolétariat », comme le dit Trotsky, a ouvert la voie aux nouvelles formations politiques de gauche européennes comme Syriza en Grèce et Podemos en Espagne. Propulsés par les mouvements des Indignés, ces partis ont mené à une rupture dans la sphère politique de leur pays respectif. Néanmoins, sans un programme de transition révolutionnaire, ces nouvelles forces politiques s’embourbent et retombent dans les mêmes pièges que la social-démocratie avant elle.

Le Programme de transition est toujours pertinent précisément parce qu’il offre une méthode d’action et de mobilisation qui répond encore aux exigences de notre époque. Cette méthode transitoire consiste à faire le pont, à travers le processus des luttes quotidiennes, entre les préoccupations concrètes des travailleurs et des travailleuses et la nécessité d’une transformation socialiste de la société. Cette méthode permet d’établir des revendications transitoires, spécifiques à une période et à un lieu donné. Contrairement aux revendications réformistes réalisables sous le capitalisme, les revendications transitoires sont impossibles à maintenir pendant une période sans soulever la nécessité d’un changement socialiste de la société. En Tunisie, par exemple, le mouvement révolutionnaire s’est appuyé sur des revendications concrètes contre « la vie chère » pour en conclure la nécessité du changement de régime avec le fameux slogan Dégage Ben Ali!

Le Programme de transition n’est pas un programme électoral ni une liste de revendications définitives à appliquer en tout temps et en tous lieux. Comme le mentionne son sous-titre, ce texte expose une méthode de « mobilisation des masses autour des revendications transitoires comme préparation à la prise du pouvoir ». Comme tout programme marxiste, la brochure de Trotsky offre une méthode d’application du marxisme. Rappelons que le marxisme est une méthode dynamique d’analyse et d’action qui doit sans cesse être réactualisée. Il n’est ni une doctrine exhaustive ni un agrégat de schémas abstraits, obligatoires et applicables à tout de manière dogmatique. Le marxisme requiert une constante réévaluation des pratiques à la lumière des transformations des différentes situations.

À qui s’adresse cet ouvrage?

Au Québec à l’heure actuelle, les anticapitalistes et les socialistes de tout acabit se trouvent isolés sur l’île de leurs principes vertueux, loin de la réalité de monsieur et madame Tout-le-Monde. Certains veulent construire des ponts là où personne ne se trouve encore. D’autres se demandent pourquoi il y a si peu de gens sur l’île. L’absence de ponts ne serait pas une raison valable pour ne pas se trouver sur l’île. D’autres encore sont si fiers d’être sur l’île qu’ils sabotent et dénigrent toutes les tentatives pour construire des ponts, peu importe d’où ils partent.

Dans un tel contexte, le comité Étudiant-es socialistes UQAM en collaboration avec Alternative socialiste (section québécoise du Comité pour une internationale ouvrière, renommé Alternative socialiste internationale en 2019) jugent nécessaire de présenter la méthode transitoire à la génération de militants et de militantes actuelle2. Cet ouvrage s’adresse à tous ceux et celles qui cherchent à s’armer pour les luttes actuelles à partir d’une compréhension des expériences et des leçons accumulées par le mouvement ouvrier international à travers son histoire. Il s’adresse à tous ceux et celles qui ressentent la nécessité de rompre avec les directions bureaucratiques, toujours promptes à la concertation avec les élites, afin de travailler à la consolidation d’une relève socialiste aussi bien à la tête de leurs syndicats qu’à Québec solidaire ou encore dans leurs organisations populaires. Ce livre s’adresse enfin à tous ceux et celles pour qui l’approche des « réseaux informels » ou des groupes affinitaires tapageurs et simplificateurs ne représentent ni un programme de lutte ni une stratégie offrant des solutions pour résoudre les problèmes auxquels la classe des travailleurs et des travailleuses est confrontée.

La crise actuelle et le niveau de conscience

Le Programme de transition de 1938 s’ouvre par la phrase suivante : « La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par une crise historique de la direction du prolétariat ». De nos jours, nous ne sommes pas uniquement confrontés à une crise de la direction des travailleurs et des travailleuses, mais aussi à la crise de l’organisation même de leur classe sociale. Pour être plus précis, nous devrions parler du manque d’une telle organisation ainsi que de l’absence d’un programme politique clair pour défendre les intérêts de la majorité.

Cette situation découle du tournant à droite qu’ont pris les directions syndicales ainsi que celles des partis sociaux-démocrates traditionnels – comme le Parti socialiste en France, le Labor Party anglais ou encore le Nouveau parti démocratique au Canada – au lendemain de l’effondrement du stalinisme au début des années 1990. L’optique socialiste a depuis été marginalisée. La lutte de classe se serait « volatilisée » grâce au « miracle » du boom économique des années 1990… Jusqu’à la crise mondiale de 2007!

Jamais au cours de l’Histoire l’écart n’a été aussi évident entre la situation objective de crise du capitalisme et le niveau de conscience de la classe des travailleurs et des travailleuses. Ce faible niveau de conscience se constate par son manque d’organisation dans des partis politiques de masse. De nombreux travailleurs et travailleuses croient que la crise actuelle est temporaire : tout sera bientôt terminé et nous reviendrons aux plateaux ensoleillés de la prospérité économique. Cette opinion est renforcée par le caractère timide et conservateur des dirigeants syndicaux. Ces derniers cherchent à contenir la colère légitime de leurs membres, notamment à travers une politique de concertation avec les élites patronales et gouvernementales.

Partout dans le monde, les classes capitalistes s’attaquent aux acquis sociaux et se dressent contre les demandes les plus élémentaires des travailleurs et des travailleuses. Une telle situation forme le point de départ de la lutte contre le capitalisme : la garantie de conditions de vie et de travail basiques est incompatible avec le capitalisme. Les luttes pour la satisfaction de telles revendications constituent alors le terrain sur lequel les classes travailleuses et populaires font l’expérience de la nécessité d’en finir avec le capitalisme et d’opter pour une transition au socialisme.

Par conséquent, il est nécessaire de mettre de l’avant des mots d’ordre concrets de lutte, tout en exigeant une économie socialiste planifiée et démocratique comme couronnement d’un programme socialiste et marxiste. Ce travail est indispensable pour raffermir la confiance de la classe des travailleurs et travailleuses afin de la préparer aux épreuves à venir.

Le Programme de transition : un condensé des luttes ouvrières passées

Dans son introduction au Programme de transition3, Peter Taaffe signale que dans la social-démocratie d’avant 1914, une telle approche – la méthode transitoire – a été jugée inutile. Le programme de la social-démocratie était alors divisé entre un programme maximum – l’idée du socialisme – et un programme minimum – les revendications pour la vie au jour le jour.

Cette situation a changé de manière décisive avec le début de la Première Guerre mondiale. Cette guerre a catalysé les explosions révolutionnaires en Russie et partout dans le monde. À la suite de la Révolution russe de 1917, des luttes de masses et des vagues révolutionnaires ont déferlé partout sur la planète. Dans un tel contexte, la lutte pour des réformes élémentaires et même pour la défense des acquis du passé s’est heurtée aux limites du système capitaliste lui-même. En s’appuyant sur le processus des luttes quotidiennes, les bolcheviks ont élaboré un programme de transition pour faire le pont entre les besoins objectifs du moment et l’idée de la révolution socialiste. Un tel programme a été nécessaire, même au cours de la Révolution russe, en raison des perspectives divergentes et changeantes des différentes sections de la classe ouvrière. Cette approche a été résumée dans la remarquable brochure de Lénine La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer.4

Dans le même esprit, Trotsky a nommé le Programme de transition de la IVe Internationale L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale. Il y synthétise et regroupe une série de revendications issues de l’expérience du mouvement ouvrier international accumulée durant les cent dernières années. La stratégie élaborée dans cet ouvrage est en continuité avec celle développée par l’Internationale communiste au début des années 20, avant sa dégénérescence et sa liquidation par Joseph Staline.

L’Internationale communiste d’alors part du constat que « la nature révolutionnaire de l’époque actuelle consiste précisément en ceci que les conditions d’existence les plus modestes des masses ouvrières sont incompatibles avec l’existence de la société capitaliste, et que pour cette raison la lutte même pour les revendications les plus modestes prend les proportions d’une lutte pour le communisme ».5

Elle définit la tâche stratégique des travailleurs et des travailleuses les plus avancés politiquement dans ces mots :

À la place du programme minimum des réformistes et des centristes, l’Internationale communiste met la lutte pour les besoins concrets du prolétariat, pour un système de revendications qui dans leur ensemble démolissent la puissance de la bourgeoisie, organisent le prolétariat et constituent les étapes de la lutte pour la dictature prolétarienne et dont chacune en particulier donne son expression à un besoin des larges masses, même si ces masses ne se placent pas encore consciemment sur le terrain de la dictature du prolétariat.

Dans la mesure où la lutte pour ces revendications embrasse et mobilise des masses de plus en plus grandes, dans la mesure où cette lutte oppose les besoins vitaux des masses aux besoins vitaux de la société capitaliste, la classe ouvrière prendra conscience de cette vérité que, si elle veut vivre, le capitalisme doit mourir.6

Autrement dit, les revendications transitoires, tirant leurs racines des besoins concrets des travailleurs et des travailleuses, ne se bornent pas à les entraîner dans la lutte, mais appellent par elles-mêmes à l’unité et à l’auto-organisation.

Passer le pont

La nécessité d’un programme de transition découle de la mixité de la conscience politique présente chez les travailleurs et les travailleuses. Cette conscience est souple et peut se modifier rapidement sous les coups d’une crise sociale. Un programme et une approche transitoires peuvent grandement faciliter le développement d’une conscience socialiste bien mûrie, d’abord chez les couches politiquement les plus avancées, puis dans la masse des classes travailleuses et populaires.

La méthode transitoire vise à bâtir un pont entre les besoins concrets défendus consciemment par les travailleurs et les travailleuses et l’idée de la nécessité d’une transformation socialiste de la société. L’objectif consiste à modifier la conscience politique de la majorité et à développer son identification au socialisme. Comme l’a écrit Trotsky dans ses discussions avec les camarades du Socialist Workers Party américain, le programme ne tombe pas du ciel : nous ne pouvons arriver qu’à une compréhension scientifique de ce qui est nécessaire à un moment précis7. Le programme doit exprimer les tâches objectives que doivent accomplir les travailleurs et les travailleuses, pas forcément ce qui émane spontanément de leur état d’esprit. Les revendications transitoires doivent toutefois être adaptées à la conscience politique du moment. De manière dialectique, le programme est rédigé au contact de l’expérience concrète des travailleurs et des travailleuses, mais, pour unifier cette expérience, il doit être rédigé en terme politique et compris dans un ensemble historique et international.

Le programme est un outil de lutte pour tout le monde. Sans programme, chacun doit improviser son instrument ou trouver des outils improvisés qui peuvent se contredire. Les classes travailleuses et populaires du monde entier sont entrées dans une période complètement nouvelle. Sans approche transitoire, ces classes ne considéreront pas forcément comme crédible une alternative socialiste au régime actuel, même face aux catastrophes du capitalisme. En l’absence d’organisations de masse prônant un socialisme démocratique, c’est parfois l’extrême droite qui remplit le vide politique présentement, en particulier dans quelques pays d’Europe.

Au cours de la prochaine période, le fossé entre la situation objective et la conscience de la classe des travailleurs et des travailleuses se refermera. Au bord du gouffre, la majorité de la population se retournera contre le système capitaliste, parfois sans une idée claire de ce qui pourra être mis à sa place. Le chemin vers une conscience socialiste et révolutionnaire peut cependant être considérablement raccourci si la classe travailleuse s’approprie le programme et la méthode transitoire liant ses luttes quotidiennes à l’idée du socialisme.

La question du pouvoir politique

En définitive, seule une prise de pouvoir de la classe travailleuse pour l’instauration du socialisme permettra d’arrêter les crises du capitalisme. La trahison de la direction de Syriza, qui a maintenu l’agenda d’austérité des institutions internationales malgré les espoirs populaires, montre la nécessité d’une démarche politique résolument socialiste.

Pour illustrer notre propos, prenons l’exemple d’une hausse des dépenses publiques visant l’amélioration des services publics. Cette hausse peut être financée soit en taxant les capitalistes, soit en taxant les travailleurs ou la classe moyenne. Si la première méthode est employée, les capitalistes organiseront une « grève du capital » qui se traduira par des fermetures d’entreprises, des délocalisations et des pertes d’emplois. Avec la deuxième option, une baisse de la consommation surviendra et aura les mêmes résultats. Si le gouvernement décide d’imprimer de l’argent – comme aux États-Unis et en Grande-Bretagne au début de la dernière crise – sans compenser avec une hausse de la production de marchandises, cette option aura pour conséquence une hausse de l’inflation conduisant aux mêmes effets que les deux autres méthodes. Ainsi, ce que le capital donne d’un côté, il le reprend de l’autre : « Chaque revendication sérieuse du prolétariat et même chaque revendication progressive de la petite bourgeoisie conduisent inévitablement au-delà des limites de la propriété capitaliste et de l’État bourgeois. »8

Une telle situation pose inévitablement la question du pouvoir politique que doit assurer la classe des travailleurs et des travailleuses pour sortir du cercle vicieux de l’économie capitaliste. Il n’est pas suffisant de dénoncer la collaboration des directions avec les élites, encore faut-il offrir de réelles solutions pour diriger l’économie dans l’intérêt de la majorité. Ces solutions doivent toutefois être formulées au bon moment, de la bonne manière. On ne peut pas parler de grève générale, de contrôle ouvrier démocratique ou de nationalisation n’importe où n’importe quand.

Organiser politiquement la lutte

Les syndicats sont les organisations qui regroupent le plus grand nombre. Chaque appel sérieux est suivi massivement. Beaucoup essaient, à leur manière, de renforcer la lutte sociale dans Montréal-Nord Republik, au FRAPRU, dans les mouvements anti-oléoducs ou encore dans des mobilisations spontanées. Il est temps que les syndicats aident à organiser politiquement les luttes sociales. Il est temps d’ouvrir la voie sur tous les paliers de gouvernement (scolaire, municipal, provincial et fédéral) à de véritables représentants des travailleurs et des travailleuses, des jeunes, des retraités, des chômeurs… Des élus du monde du travail permettraient de faire converger les forces présentes dans les quartiers, dans la rue et sur les milieux de travail afin d’imposer une autre politique, une politique dans l’intérêt du 99%.

Pour un nouveau parti large des travailleurs et des travailleuses

Aux États-Unis, l’énorme engouement populaire autour de la campagne aux primaires démocrates de Bernie Sanders montre l’ouverture qui existe pour la création d’un nouveau parti du 99% cassant complètement avec la politique de Wall Street. Un tel projet, initié fermement par les syndicats et ouvert aux mouvements sociaux et à Québec solidaire, éveillerait un enthousiasme écrasant et redessinerait, en quelques mois, le paysage politique québécois. Une telle option, basée sur la stratégie du Front unique ouvrier, représenterait une manière concrète pour les travailleurs et les travailleuses d’opérer une première rupture avec les partis des élites, particulier avec le Parti québécois.

Comment intervenir?

Le Programme de transition publié en 1938 correspond aux tâches révolutionnaires exigées par les conditions objectives de cette époque. Il ne doit donc pas être lu et appliqué de façon mécanique aujourd’hui. Ce n’est pas parce que Trotsky parle de « détachements ouvriers d’autodéfense » que nous devons défendre cette idée à n’importe quel piquet de grève. Toutefois, lors du Printemps 2012 par exemple, l’idée d’autodéfense étudiante aurait pu aider à organiser la lutte à un autre niveau lorsque la répression des forces policières est devenue systématique et avait clairement pour but de briser le mouvement étudiant. Toute la pertinence du Programme de transition réside dans l’exercice d’application du marxisme à la réalité concrète.

Une revendication transitoire doit permettre à un mouvement – pas simplement à son avant-garde – de se radicaliser, de s’organiser et d’indiquer quelle est la prochaine étape à franchir. Elle doit donc être enracinée dans la conscience du moment sans toutefois s’y enfermer. Les questions à se poser devraient être : Qu’est-ce qui fait écho chez les travailleurs et les travailleuses et permettrait de révéler aisément les contradictions du système capitaliste? Est-ce qu’une telle revendication résonne dans la tête de la majorité? Sinon, à partir de quelles luttes concrètes pouvons-nous atteindre de larges couches de la population? Pour ne pas sombrer dans l’opportunisme et l’électoralisme, il est primordial de garder en tête l’objectif d’auto-organisation politique de la classe travailleuse pour le socialisme.

Il n’existe pas de recette d’intervention miracle. Il faut écouter et apprendre des travailleurs et des travailleuses davantage que de vouloir leur apprendre quelque chose. Cette posture implique d’être présent avec eux, là où ils et elles sont. Les socialistes ne peuvent gagner la confiance des travailleurs et des travailleuses uniquement en défendant les objectifs ultimes de l’édification du socialisme (le programme maximum). Les socialistes ne peuvent y arriver qu’en participant à toutes les luttes de masse et en s’intéressant de près aux demandes immédiates formulées par les personnes en lutte. C’est ainsi que ces dernières pourront être gagnées à un programme socialiste de base. Une telle approche amène à prendre conscience de l’importance fondamentale de mettre de l’avant les bonnes revendications et les bons mots d’ordre au bon moment. Elle pose la question centrale de l’ajustement des tactiques au niveau de conscience politique du moment. Cette tradition a été perdue, et la relecture du Programme de transition peut contribuer modestement à retrouver cette sensibilité.

En outre, les revendications dirigées vers la population en général ne sont pas les mêmes que celles adressées aux membres d’une organisation révolutionnaire. Si les premières servent à la mobilisation politique de masse, les secondes aident à déterminer le cours que devront suivre les actions du parti révolutionnaire dans une période donnée. La différence entre les slogans de masse et les slogans de cadres révolutionnaires s’apparente à celle posée par Lénine entre la propagande et l’agitation9. La propagande peut permettre de recruter des cadres pour le parti révolutionnaire, mais pas des gens pour un parti de masse. D’ailleurs, les cadres se recrutent la plupart du temps lorsque les révolutionnaires démontrent la souplesse avec laquelle est menée à bien leur agitation parmi les travailleurs et les travailleuses. Le recrutement et la mobilisation sont bien plus fructueux à la suite de la capacité des militants et militantes socialistes à indiquer avec succès la prochaine étape à franchir aux personnes en lutte qu’avec la tenue d’un cercle de lecture, par exemple.

La lutte pour le salaire minimum à 15$/h, une revendication transitoire?

Le caractère transitoire d’une lutte n’est pas uniquement dû au contenu de sa revendication principale. Il dépend également du contexte et des autres revendications qui l’accompagnent. Le combat pour un salaire minimum de 15$/h aux États-Unis et au Canada en est un bon exemple. Une telle revendication, bien que très populaire, n’est pas « transitoire » en elle-même : elle est réalisable sous le capitalisme et n’appelle pas implicitement à l’auto-organisation ni à la prise du pouvoir. Toutefois, l’approche adoptée dans le cadre de cette lutte par Socialist Alternative (SA) aux États-Unis est exemplaire d’une démarche transitoire.

Depuis 2012, la lutte pour un salaire minimum à 15$/h a mobilisé des millions de personnes aux États-Unis. Elle est devenue la plus grande bataille populaire – avec Black Lives Matter et la campagne de Bernie Sanders – depuis les années 1960. Les populations de plusieurs villes et États ont enregistré des victoires historiques d’élévation du salaire minimum, bien que partielle dans certains cas.

En 2013, les camarades de SA ont mené une campagne électorale ardue pour faire élire leur candidate, Kshama Sawant, au poste de conseillère municipale de la ville de Seattle. Le groupe a articulé sa campagne autour de la lutte pour le 15$/h minimum, le logement abordable et la taxation des riches pour financer le transport en commun et l’éducation. Suite à son élection, Sawant a lancé la campagne 15Now en janvier 2014 dans tous les quartiers de Seattle. En huit mois d’organisation, cette campagne a contraint le conseil municipal à voter la plus importante hausse du salaire minimum dans une ville majeure des États-Unis : de 9,32$/h à 15$/h d’ici 2021. La campagne s’est ensuite étendue à plus d’une vingtaine de villes aux États-Unis. En outre, Sawant ne garde que 40 000$ du 117 000$ qu’elle perçoit comme rémunération en tant que conseillère municipale. Le reste sert à financer un fonds de solidarité pour aider à construire des mouvements de justice sociale. Durant son assermentation, elle a déclaré :

Je ferai de mon mieux pour représenter les démunis et les exclus, les pauvres et les opprimés, en luttant pour un salaire minimum de 15$/h, pour des logements abordables, pour taxer les super-riches et pour une expansion massive du transport en commun et de l’enseignement. Mais, ma voix ne sera entendue par ceux qui sont au pouvoir que si les travailleurs eux-mêmes crient leurs revendications sur les toits et s’organisent en masse.

Mes collègues de Socialist Alternative et moi-même nous tiendront au coude-à-coude avec tous ceux qui veulent se battre pour un monde meilleur. Mais, les travailleurs ont besoin d’un nouveau parti politique, d’une organisation de masse de la classe ouvrière, dirigée par eux-mêmes ne devant rendre de compte qu’à eux-mêmes. Un parti qui luttera et mènera campagne pour leurs intérêts en défendant avec ardeur des alternatives contre ce système en crise.10

Tout ce trouve dans cette déclaration : elle commence par des revendications concrètes, souligne la nécessité pour les travailleurs et les travailleuses de s’unir et de s’organiser eux-mêmes et termine sur la question du pouvoir politique et du changement de système.

Le 15$/h minimum au Québec

Au Québec, la revendication d’un salaire minimum de 15$/h a également un large écho parmi la population. Malgré sa question tendancieuse, un sondage Léger réalisé en mai 2016 indique que 63% des répondants et répondantes estiment qu’une telle hausse serait « bonne pour l’économie du Canada »11. Durant la dernière année, des dizaines d’organisations syndicales et politiques ont pris position en faveur d’un salaire minimum à 15$/h. Plusieurs campagnes parallèles s’organisent sur la question.

En septembre 2015, les camarades d’Alternative socialiste (AS) ont lancé la campagne 15plus.org. Leur objectif consiste à aider les travailleurs et les travailleuses de la base à s’organiser dans leurs milieux de vie autour de la lutte pour une hausse immédiate du salaire minimum à 15$/h. La campagne 15plus.org demande également l’indexation automatique du salaire minimum au coût de la vie afin de maintenir le pouvoir d’achat des bas salariés. Conscients qu’une telle hausse ne suffit pas à régler les problèmes vécus au travail par la vaste majorité de la population, les militants de 15plus.org luttent également pour la syndicalisation et l’autoreprésentation politique des travailleurs et des travailleuses, tant au niveau municipal, provincial que fédéral. En avril 2016, Québec solidaire a appuyé la pétition de 15plus.org, avivant ainsi un antagonisme avec le Parti québécois sur la question du salaire minimum.

De son côté, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a lancé Minimum15 en mai 2016. Il s’agit de la campagne sur cette question ayant le plus d’envergure au Québec. Jusqu’ici, c’est une campagne avant tout publicitaire qui fait la promotion de l’augmentation graduelle du salaire minimum à 15$/h d’ici 202212. La FTQ a d’ailleurs tenu une réunion élargie en juin regroupant la presque totalité des groupes prêts à lutter pour les 15$/h minimum. Le plan d’action embryonnaire de la campagne FTQ prévoit une « attitude plus agressive » en 2017 et éventuellement des efforts pour poser le 15$/h comme enjeu électoral provincial en 2018. La centrale syndicale ne revendique ni une hausse immédiate ni une indexation automatique du salaire minimum au coût de la vie. Certains représentants de la FTQ défendent cette position en soulevant les craintes formulées par les PME et en citant les commentaires hostiles au 15$/h publiés sur leur site Web.

En quoi l’une de ces démarches est transitoire et l’autre non? Les deux campagnes défendent pourtant une revendication qui suscite l’enthousiasme, répond à un besoin réel, soulève les bonnes questions et dirige la colère vers les patrons (contrairement à la demande pour un revenu minimum garanti, par exemple). La position stratégique de la FTQ d’une hausse graduelle jusqu’en 2022 offre déjà un compromis au gouvernement et aux patrons, sans même avoir livré combat. Une telle démarche est loin de remettre en question leur gestion de l’économie et de la société. Elle rend la revendication d’autant plus intégrable à la bonne marche du capitalisme. En outre, un salaire minimum de 15$/h en 2022 sera toujours en deçà du seuil de faible revenu et ne constituera pas un salaire viable au rythme où augmente l’inflation13. Plusieurs syndiqués de la FTQ, déjà en lutte pour une hausse minimale de leur salaire à 15$/h, se sentent trahis par cette concession qui affaiblit leur combat immédiat.

De son côté, la campagne 15plus.org elle défend ce qui est nécessaire maintenant, non pas ce qui paraît « raisonnable » aux yeux des PME et des élites. Les camarades d’AS considèrent qu’il est de la responsabilité des syndicats d’élever le niveau de conscience politique des travailleurs et des travailleuses sur l’enjeu du 15$/h minimum. Les militants et militantes des syndicats ne doivent pas prêter flanc aux préjugés actuels, même s’ils étaient partagés par la majorité de leurs collègues.

Aux États-Unis et au Canada anglais, les campagnes de masse réclament toutes la mise en place immédiate du salaire minimum à 15$/h. Si les hausses gagnées ont été étalées dans le temps, c’est en raison des différents rapports de force qu’ont été en mesure d’établir les salariés de la base face aux élites. Ces dernières ont bien compris qu’elles auraient moins à perdre avec un étalement. Cela explique les hausses du salaire minimum de plus en plus modulées et de moins en moins intéressantes. C’est notamment pour cette raison que 15plus.org, en plus de lutter pour une augmentation substantielle du salaire minimum, défend l’indexation automatique de ce salaire au coût de la vie afin de sauvegarder le pouvoir d’achat des travailleurs et des travailleuses dans le temps.

En plus de partir avec du plomb dans l’aile, la position de la FTQ ne repose pas sur une campagne de terrain censée établir un rapport de force. Le mouvement est toutefois à ses débuts et les choses peuvent évoluer en ce sens. Nos revendications ne doivent pas demeurer des slogans stériles, mais constituer des moyens de pression sur les élites politiques et économiques. Pour Trotsky : « La « possibilité » ou l’ « impossibilité » de réaliser les revendications est, dans le cas présent, une question de rapport des forces, qui ne peut être résolue que par la lutte. »14

Pour gagner la bataille du 15$/h minimum, il est nécessaire que le mouvement syndical organise sa base sur cet enjeu. Jusqu’à maintenant, la métacampagne de la FTQ semble se limiter au champ des relations publiques. Ce travail indispensable n’atteindra toutefois sa puissance maximale que si elle est nourrie par les luttes et les victoires de syndicats locaux. En ce sens, il est primordial que la FTQ déploie ses efforts pour faire vaincre ses syndiqués déjà en lutte pour le 15$/h minimum, spécialement dans les résidences privées (Syndicat québécois des employées et employés de service – SQEES) ou pour ceux et celles et au Vieux-Port de Montréal (Syndicat des employés du Vieux-Port de Montréal – SEVPM).

Dans le mouvement syndical, la lutte pour des revendications, mêmes celles qui sont élémentaires, s’avère un terrain décisif pour l’affirmation d’un programme socialiste contre celui des directions frileuses. Ces dernières ne veulent ni ne peuvent remporter de victoires au profit de la majorité de la population. Cette attitude contraignante pour les luttes s’observe spécialement à travers le recours par les directions syndicales au Parti québécois et aux autres formations politiques des élites pour tenter de satisfaire leurs revendications. Est-ce une stratégie efficace que de vouloir convaincre les patrons de réduire leurs profits ou le gouvernement du 1 % de renoncer à sa vision économique et sociopolitique? Visiblement, non. Pour avoir des chances de réussir, la lutte pour le 15$/h doit pointer vers le moyen principal d’y parvenir, l’engagement indépendant du mouvement syndical dans la sphère politique. En ce sens, des candidatures anti-austérité provenant du monde du travail et militant pour le 15$/h constituent une avenue prometteuse, peu importe le palier gouvernemental.

Avec l’aide consciente de socialistes révolutionnaires dans ce combat, la classe des travailleurs et des travailleuses doit expérimenter par elle-même et pour elle-même la nécessité de briser la domination des directions bureaucratiques et conservatrices. C’est de cette manière qu’ils et elles pourront résister victorieusement aux attaques néolibérales et satisfaire leurs besoins vitaux.

La bataille du 15$/h aux États-Unis a radicalisé une couche importante de travailleurs et de travailleuses. Elle a notamment donné une base sociale sur laquelle le candidat à l’investiture du Parti démocrate (PD) Bernie Sanders a pu compter.

Feel the Bern et les revendications transitoires

En quoi l’appui à un candidat social-démocrate comme Bernie Sanders peut s’inscrire dans une démarche transitoire?

La candidature de Sanders a suscité un enthousiasme populaire exceptionnel à plus d’un niveau. Ce politicien de 75 ans a spécialement réussi à mobiliser des millions de personnes et à remplir des stades sportifs en parlant de la nécessité d’une « révolution politique contre la classe des milliardaires ». Cet engouement a causé une rupture dans la sphère politique des États-Unis. Dans de telles situations, les socialistes ont la responsabilité de s’engager et de prendre part aux mouvements de masse. Malheureusement, la majeure partie de la gauche américaine a préféré snober les mobilisations historiques du mouvement pro-Sanders.

Les camarades de Socialist Alternative ont toutefois saisi l’occasion d’y intervenir, notamment par la mise sur pied de Movement4Bernie. Dès le départ, l’objectif des camarades de SA a consisté à promouvoir auprès des partisans de Sanders la nécessité d’une rupture avec le Parti démocrate (PD) et l’exigence d’un changement socialiste de la société. Loin d’appuyer bêtement la candidature de Sanders, SA l’a d’abord appelé à ne pas se présenter pour le PD dès 2015. SA a ensuite critiqué ce choix et appelle désormais Sanders à se présenter comme indépendant aux élections générales ou comme colistier avec Jill Stein du Parti vert, dans l’optique de fonder un nouveau parti du 99%. Les membres de SA n’ont créé aucune illusion envers le PD : ces gens n’ont ni joint ni fait rejoindre le PD à qui que ce soit.

Lors d’une allocution à un rallye de Sanders à Safeco, en mars 2016, la conseillère municipale socialiste Kshama Sawant a déclaré: « Nous avons besoin d’un nouveau parti du 99% et nous avons besoin de candidatures qui se battront partout sur les enjeux soulevés par Bernie : 15$/h minimum, le Medicare pour tout le monde et une éducation gratuite ». L’idée est de créer une cohésion politique entre les différents mouvements sociaux afin de le détourner du cimetière que représente le PD. Malgré un soutien largement supérieur à celui d’Hillary Clinton, Sanders n’a pas remporté la nomination démocrate. Il a répété à plusieurs reprises qu’il ne se présenterait pas hors du PD et qu’il se rangerait derrière Clinton si elle était victorieuse. Un tel développement risque de transformer la plus large campagne de rébellion contre le 1% en une mascarade de gauche derrière la candidate de Wall Street.

Toutefois, une partie significative des partisans de Sanders – de 20 à 35% selon les sondages – indique qu’elle refusera de soutenir Clinton lors des élections présidentielles. Selon deux sondages publiés en juin 2016, de 44 à 52% des partisans de Sanders veulent qu’il abandonne le PD et se présente comme candidat indépendant à la présidence15. Il s’agit de la plus grande opportunité depuis des décennies offerte aux socialistes pour construire un soutien à l’action politique autonome de la classe des travailleurs et des travailleuses. Sanders n’a pas besoin de gagner les élections ni même l’investiture démocrate pour entamer le travail de construction d’une alternative politique de gauche anti-establishment. Seule une telle option est en mesure de saper la base électorale du candidat républicain Donald Trump.

Movement4Bernie et Sawant sont à l’origine d’une pétition, signée par plus de 100 000 personnes, qui appelle Sanders à utiliser le mouvement créé durant sa campagne comme candidat pour participer à l’élection présidentielle en tant que candidat indépendant, ou encore à joindre la liste du Parti vert, et ainsi amorcer la construction d’un nouveau parti politique du 99%. En avril, la candidate à la présidence, Jill Stein, a elle-même ouvert la porte à une collaboration entre son parti et Sanders pour « continuer la révolution politique ». Même si, en novembre 2016, la meilleure candidature de gauche risque d’être celle de Stein, il est essentiel de tenter de maintenir l’enthousiasme suscité par les idées défendues par Sanders. La revendication la plus stratégique demeure celle de construire une nouvelle alternative politique basée sur les mouvements sociaux et les syndicats, seule option en mesure de réellement contrer l’agenda de droite de Trump ou Clinton.

L’approche de SA correspond à l’attitude recommandée par Trotsky dans le Programme de transition :

Se préparer à la révolution signifie, pour les sectaires, se convaincre soi-même des avantages du socialisme. Ils proposent de tourner le dos aux « vieux » syndicats, c’est-à-dire à des dizaines de millions d’ouvriers organisés – comme si les masses pouvaient vivre en dehors des conditions de la lutte de classes réelle! Ils restent indifférents à la lutte qui se déroule au sein des organisations réformistes – comme si l’on pouvait conquérir les masses sans intervenir dans cette lutte! Ils se refusent à faire en pratique une différence entre la démocratie bourgeoise et le fascisme – comme si les masses pouvaient ne pas sentir cette différence à chaque pas!

Incapables de trouver accès aux masses, ils les accusent volontiers d’être incapables de s’élever jusqu’aux idées révolutionnaires.

Un pont, sous la forme de revendications transitoires, n’est aucunement nécessaire à ces prophètes stériles, car ils ne se disposent nullement à passer sur l’autre rive. Ils piétinent sur place, se contentant de répéter les mêmes abstractions vides. Les événements politiques sont pour eux une occasion de faire des commentaires, mais non d’agir.16

Même si le PD n’est pas une organisation réformiste, mais un authentique parti des élites, la méthode de Trotsky recommande aux révolutionnaires d’être avec les masses dans leurs luttes, tout en maintenant leur indépendance par rapport aux organisations et aux partis bourgeois.

La méthode transitoire rompt clairement avec l’approche « attentiste » – celle du « du grand soir » – propre à plusieurs groupes de gauche. Trotsky le dit clairement, intervenez activement dans la lutte, soyez compréhensibles et pertinents pour le plus grand nombre, tout en argumentant constamment pour la nécessité de briser la domination du 1% afin de marcher vers une société socialiste. La tâche des révolutionnaires est là.


Notes : 
1.  Léon Trotsky, Discussions sur le Programme de transition, François Maspero, Paris, 1972, p.10
2.  Il s’agit de la troisième édition du Programme de transition éditée au Québec après celle du Groupe socialiste des travailleurs du Québec, publiée en 1977, à Montréal, aux Presses socialistes internationales, et celle publiée par Richard Poulin (dir.) dans Les fondements du marxisme, Vents d’Ouest, Hull, 1997.
3. Peter Taaffe, «Introduction» au Programme de transition, Éditions marxisme.be, Bruxelles, 2012
4. Vladimir I. Lénine, Oeuvres, tome 25 1917, Éditions sociales/Éditions du Progrès, Paris/Moscou, 1971, p.347-397
5. Manifestes, thèses et résolutions. Les quatre premiers congrès de l’Internationale communiste 1919-1923, Drapeau Rouge, Montréal, 1979 (1934), fac-similé de l’édition de la Bibliothèque Communiste, Librairie du Travail, Paris, p.100.
6. Manifestes, thèses et résolutions. Les quatre premiers congrès de l’Internationale communiste 1919-1923, Drapeau Rouge, Montréal, 1979 (1934), fac-similé de l’édition de la Bibliothèque Communiste, Librairie du Travail, Paris, p.99-100.

7. Léon Trotsky, Discussions sur le Programme de transition, François Maspero, Paris, 1972, p.19
8. Léon Trotsky, Programme de transition. L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale. La mobilisation des masses autour des revendications transitoires comme préparation à la prise du pouvoir, M Éditeur, Étudiant-es socialistes UQAM et Alternative socialiste, Saint-Joseph-du-Lac, 2016, p.48
9. Vladimir I. Lénine, Oeuvres, tome 2 1895-1897, Éditions sociales/Éditions du Progrès, Paris/Moscou, 1976, p.332-333
10. Kshama Sawant prête serment en tant qu’élue marxiste à Seattle, socialisme.be, 8 janvier 2014
11. Sondage Léger, La politique au Québec, 6 et 7 mai 2016, p.24
12. Réginald Harvey, «FTQ – L’objectif : un salaire minimum à 15$ de l’heure d’ici 2022», Le Devoir, 30 avril 2016.
13.  L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) fixe le salaire viable à 15,38$/h en 2015 pour une personne seule vivant à Montréal.
14. Léon Trotsky, Programme de transition. L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale. La mobilisation des masses autour des revendications transitoires comme préparation à la prise du pouvoir, M Éditeur, Étudiant-es socialistes UQAM et Alternative socialiste, Saint-Joseph-du-Lac, 2016, p.53
15. Chris Kahn, «Democrats want ‘major role’ for Sanders: Reuters/Ipsos poll», reuters.com, 12 juin 2016; The Economist/YouGov Poll, 2-5 juin 2016, today.yougov.com, 6 juin 2016
16. Léon Trotsky, Programme de transition. L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale. La mobilisation des masses autour des revendications transitoires comme préparation à la prise du pouvoir, M Éditeur, Étudiant-es socialistes UQAM et Alternative socialiste, Saint-Joseph-du-Lac, 2016, p.123-124