Le rôle d’une bonne campagne d’information : À l’ère où les assemblées générales se vident

Cela fait plusieurs années que le sujet est discuté à l’intérieur des différentes structures syndicales. Le constat est partout le même : la mobilisation est difficile et les membres démontrent un désintérêt constant envers la participation syndicale. Parfois, on arrive à peine à avoir le quorum. Il fallait s’y attendre. Après des négociations qui laissent un goût amer et une fusion imposée dont le mouvement syndical n’a pas su apporter une moindre résistance, le découragement est généralisé. Et cette éternelle question qui revient hanter les militant·e·s syndicaux·ales : Pourquoi nos assemblées générales sont-elles vides? Et si la réponse était toute simple? Parce que c’est juste plate. Il faudrait peut-être revenir à la base et revoir nos campagnes d’information.

Des campagnes qui viennent d’en haut

Un exemple de campagne organisée par le sommet du mouvement syndical est la campagne des périsoignants du SCFP. L’idée est relativement complexe. À travers les innombrables titres d’emplois qui règnent dans le réseau de la santé, il s’agit d’élaborer une formule ou tous les salarié·e·s puissent s’identifier[1]. Périsoignant désigne le personnel qui gravite autour de ceux et celles nécessitant des soins et assure que ces soins soient bien fournis. C’est un défi de taille, surtout considérant la montée des syndicats corporatiste dans le réseau de la santé (APTS, FIIQ). Mais là n’est pas le problème. Pour la direction syndicale, cette campagne est venue pallier un problème identitaire. Elle cherche à unifier les salarié·e·s du réseau de la santé derrière cette appellation « périsoignant ». Une espèce de concurrence face aux syndicats qui se proclament du professionnalisme. À l’heure actuel, cette campagne est toujours en vogue. Mais il serait surprenant que les syndicats locaux et leurs membres aillent embrasser cette campagne comme l’aurait souhaité la direction du SCFP. Il est très peu probable que les travailleuses et les travailleurs du réseau de la santé s’identifient à ce nouveau terme et semble très peu utilisé par les membres. D’autant plus que cette campagne ne remet en question aucun privilège du patronat, et de plus, elle fut utilisée au cours du dernier maraudage. Certains pourraient prétendre que cette campagne sert les intérêts du corporatisme syndical.

Des campagnes qui doivent coller à la réalité des membres

Au cours des dernières années en Amérique du nord, un exemple de campagne qui a embrasé le mouvement syndical et ses membres est la campagne pour le 15 dollars de l’heure. Aux États-Unis, certains États ont adopté la revendication par une législation. Au Québec, le S.Q.E.E.S a mené une grève dans le secteur des résidences de soins pour personnes âgées et a même remporté la victoire. Ce fut une campagne offensive contre le patronat, c’est-à-dire aller prendre l’argent là ou elle se trouve, soit dans les poches du patron.

Il faut élaborer des campagnes du genre pour ce qui est du réseau de la santé. Il s’agit de déterminer la réalité à laquelle sont confronté·e·s les salarié·e·s du réseau de la santé. Et le meilleur moyen de le faire est de consulter à la base les différentes problématiques qu’ils ou elles vivent. De plus, il faut donner les moyens à cette base militante de mener sa campagne et d’élaborer comme elle le pense son escalade de moyens de pression, car se sont les militantes et les militants qui mènent la lutte, la décision devrait leur revenir sur comment doit se mener le combat syndical. Un exemple très concret : suite aux différentes coupures et fusions, plusieurs préposées aux bénéficiaires et infirmières témoignent d’une croissance importante de la violence dans leur milieu de travail. Les femmes du réseau de la santé sont beaucoup sujet à subir de la violence de la part des bénéficiaires. Ce genre de problématique affecte énormément la vie de ces salariées. En plus de critiquer la gestion, qui est une cause de la hausse de violence dans les milieux de travail, la campagne répondrait au besoin de travailler dans un environnement sain et sécuritaire.

Pour conclure, il n’y a pas de solution miracle, les campagnes syndicales doivent correspondre à la réalité des membres si on souhaite une participation du plus grand nombre. Ces campagnes doivent susciter un enthousiasme et donner espoir aux travailleuses et travailleurs que leur réalité peut être changée.

Rémi Arsenault, préposé entretien ménager, SCFP 2881

 


1 http://www.perisoignant.com/apropos.html

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