Pour ou contre la violence ?

Nous, marxistes, ne sommes pas dans cette catégorie de gens qui sont des adversaires inconditionnels de toute guerre.
Lénine, Guerre et révolution, Mai 1917.

La violence n’est pas mauvaise. Elle n’est pas bonne non plus. Contrairement à ce que l’on nous propose habituellement comme débat (“Êtes-vous pour ou contre la violence ?”), les socialistes croient que cette question doit toujours être mise en contexte. Nous ne condamnerons jamais la violence des Mau-Mau lors de leur révolte au Kenya. Nous ne sommes pas non plus opposé-e-s à la violence dont firent preuve les Black Panthers, qui souhaitaient se défendre contre la police américaine qui assassinait leur peuple.

La violence, pour nous, est mauvaise si elle nuit aux classes dominées, point final. Nous sommes contre les guerre de motards, les attentats terroristes qui ciblent des civils et la violence policière, car des innocent-e-s en meurent. Nous sommes contre le fait de faire montre d’une violence inutile envers la police dans des manifestations populaires si elle nuit à la manifestation en la rendant inutilement illégale. Cependant, ce n’est pas la violence en soi le problème, ce ne sont pas les armes utilisées ou les objets endommagés qui causent notre indignation, mais bien le résultat qu’amènent ces actes de violence.

La position du “tendre l’autre joue” n’est pour nous que pure hypocrisie: nous refusons de finir crucifié-e-s. Nous voulons l’émancipation des travailleurs-euses et des opprimé-e-s, pas leur mort aux mains de l’État capitaliste. Nous nous opposons aux guerres impérialistes qui se servent de la classe ouvrière comme chair à canon, mais sommes d’avis que les États socialistes doivent se défendre s’ils sont attaqués. Lorsque 14 pays prirent la Russie soviétique nouvellement créée pour cible, il était normal que Trotsky et l’armée rouge répliquent et se défendent.

Le capitalisme est synonyme de guerre et de misère. La violence est ce qui lui a permis d’émerger et ce qui le maintient en place. La mise en esclavage d’africain-e-s et de membres des Premières nations, l’expropriation armée des terres du “Nouveau monde”, violences par excellence, c’est ce qui a permis aux riches colonialistes d’hier de s’enrichir facilement pour devenir les riches capitalistes d’aujourd’hui. Aujourd’hui, la violence permet de maintenir les peuples de la terre dans l’oppression capitaliste, allant des brutalités contre les syndicalistes (assassinat de Gaston Harvey par la SQ, châtiments corporels contre des wobblies à Tulsa, meurtres de syndicalistes yéménites par la multinationale Total en 2017) aux répressions sanglantes de groupes révolutionnaires (assassinat de Fred Hampton, massacre de la ligue Bodo en Corée du Sud, meurtres de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht).

L’unique alternative à cette violence capitaliste est le socialisme, qui seul peut amener la paix sur le long terme. Les travailleurs-euses ne souhaitent naturellement pas s’entretuer. Seul un État commandé par elles et eux peut faire cesser les guerres impérialistes qui ne visent qu’à faire gagner les États en influence sur le marché mondial et à piller les ressources d’autres territoires. Cependant, cette paix socialiste ne peut être atteinte par la pensée magique. Seule une lutte, armée s’il le faut, libérera le prolétariat de ses chaînes en lui donnant les commandes de la société. Les révolutionnaires qui veulent la montée au pouvoir du peuple seront les cibles de nombreux adversaires, que ce soit les fascistes et leurs milices, les réformistes rétrogrades et leur police ou les capitalistes et leur armée.

Prôner une non-violence sortie de tout contexte équivaut à se fermer les yeux sur les conditions matérielles qui existent dans notre société. L’État capitaliste est un État violent, et l’autodéfense est nécessaire en face de lui. Nous ne pouvons accepter que des policiers-ères tuent des camarades noir-e-s ou autochtones. Nous ne pouvons accepter qu’on nous tabasse et qu’on nous emprisonne. Si la violence est nécessaire pour nous défendre, alors nous l’excuserons. Nous la justifierons. Mais la violence, comme toute arme, doit être utilisé à bon escient. Donner une volée à des vieux racistes ne sert pas à grand chose: leur flanquer une bonne frousse ferait très bien l’affaire. Briser une vitrine n’est, pour nous qui visons ultimement à abolir la propriété privée, pas un problème en tant que tel. Cependant, nous ne nous croyons pas que le vandalisme, comme la violence, soit toujours utile et nécessaire.

La non-violence, qui refuse de se défendre contre les violences des capitalistes et des fascistes, n’est que cohérente dans une logique de morale bourgeoise. Pour la classe dominante, la violence qui est rendue invisible par leurs organes de presse (morts quotidiennes de famine, crimes haineux, etc.) est tolérable, alors que la violence commise par le “petit peuple”, elle, n’est pas tolérable. Pour les esclavagistes, fouetter un esclave n’était pas violent, mais frapper un maître, ça c’était de la violence ! La morale n’est pas une science naturelle, mais un ensemble d’idées imposées au peuple par les classes dominantes, à travers le système d’éducation, les médias et la religion. « Les idées de la classe dominante sont aussi à toutes les époques les idées dominantes ; autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. » disaient Marx et Engels.

Notre morale n’est pas celle de la bourgeoisie, de la classe dominante, mais celle des travailleurs-euses révolutionnaires ! Nous rejetons le pacifisme hippie comme nous rejetons le militarisme. La violence est une arme qui se doit d’être utilisée si nécessaire, mais seulement quand ce l’est.

André-Philippe D.

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