Lutte au Cineplex Odéon

Le 23 janvier dernier, plus de deux ans après qu’il ait commencé à revendiquer un salaire à 13,71$/h, après 3 prolongations de délai pour l’arbitrage, le syndicat des employé-e-s du Cinplex Odéon de Ste-Foy [1] se voyait accorder une petite victoire face à son l’employeur. L’arbitre Bernard Lefebvre avait décrété que le salaire des travailleurs-euses du cinéma devrait être de 13,70$/h après 10 ans d’ancienneté : un salaire largement insuffisant, mais de loin meilleur que le salaire minimum actuel qui est la rémunération que reçoivent la majorité des employé-e-s de ce cinéma.

Cependant, Cineplex étant une multinationale capitaliste de la pire espèce, cette décision n’a jamais été respectée par l’employeur, celui-ci se contentant de continuer de payer ses employé-e-s avec un salaire de crève-faim. Ce comportement assurément contraire à la loi, plutôt que de lui attirer les foudres du système judiciaire, lui a plutôt permis de gagner un sursis quant à l’application de la décision de Me Lefebvre : une juge à la solde des intérêts patronaux (Silvana Conte) a décidé le 23 mars dernier de rendre légal le non-respect de la décision de l’arbitre.

Même sans être de fin-e-s analystes, nous voyons surgir de cette succession de péripéties juridiques le caractère intime de la justice dans l’État capitaliste qui est le nôtre: le code du travail, dont le contenu est dû à des années de luttes syndicales, a la force d’une pichenotte face au pouvoir des capitaux des multinationales, mais la force d’une massue quand vient le temps de s’en prendre aux travailleurs-euses. Des compagnies comme Cineplex peuvent, en ralentissant les procédures juridiques et en refusant de se soumettre aux décisions d’arbitrage, mettre en péril le droit fondamental de négocier ses conditions de travail. Cela est d’autant plus vrai dans un milieu de travail avec un grand roulement de main-d’œuvre comme celui des cinémas.

L’unité des travailleurs-euses, seul remède à l’exploitation

En 2012, Cineplex a engagé Stéphane Belleville, spécialiste en union busting, pour mener une campagne antisyndicale, en d’autres mots pour empêcher les travailleurs-euses de se regrouper et de faire valoir leurs droits. La campagne ne fut pas efficace, car malgré la perte d’un syndicat, deux autres milieux de travail se syndiquèrent à la surprise des boss qui pensaient que les employé-e-s allaient se faire dépouiller de leurs droits sans rien faire. La compagnie a depuis changé de stratégie et cherche à épuiser les employé-e-s en faisant volontairement traîner les négociations. Par exemple, au Cineplex Odéon de Laval, aucune convention collective n’a été signée depuis sa syndicalisation en janvier 2014. Huit autres cinémas du Québec vont bientôt entrer en négociation vu que leurs conventions ont pris fin en décembre 2016. Pour le cinéma de Beauport, l’employeur a déjà demandé la conciliation ce qui prouve une nouvelle fois sa mauvaise volonté dans les négociations. Soulignons qu’à Beauport, des employé-e-s avec plus de 17 ans d’expérience sont payé-e-s moins de 12$, ce qui est une véritable insulte au savoir-faire de ces travailleurs-euses.

Mais les travailleurs-euses ne se laisserons pas faire par l’employeur: les votes de grèves s’en viennent, les moyens de pression vont s’enclencher. Les travailleurs-euses des Cineplex du Québec vont s’unir pour faire valoir leurs droits. Les stratégies lâches de la compagnie n’ont fait que renforcer la volonté des employé-e-s qui n’ont plus rien à perdre.

 

André-Philippe D. et Pauline M.

[1] L’AITSE

L’ALLIANCE INTERNATIONALE DES EMPLOYÉS DE SCÈNE DE THÉÂTRE ET DE CINÉMA DES ÉTATS-UNIS, DE SES TERRITOIRES ET DU CANADA est un syndicat international fondé en 1912 sur le principe d’autonomie politique des sections locales qui peuvent prendre des positions sur tous les enjeux. Le syndicat se donne pour mission de protéger les travailleurs-euses de la scène, un milieu où la passion est souvent utilisée pour justifier l’exploitation. Étant donné son caractère international, ce syndicat peut coordonner ses différentes sections pour faire face à l’industrie du cinéma, de nature multinationale.

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