NOTE DE LECTURE : Programme de transition de Léon Trotsky

Notes de lecture : Léon Trotsky, Programme de transition:L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale, Montréal, M Éditeur, 2016.

La description que Trotsky fait de la situation politique et économique d’avant la 2guerre mondiale ressemble drôlement à la situation actuelle : crise sociale, croissance du chômage, ébranlement du système monétaire, gouvernements en banqueroute… Face au désarroi des travailleurs et travailleuses, il est nécessaire de combattre le découragement par un programme qui fait le pont entre les besoins immédiats et la révolution socialiste.

Le Programme de transition de Léon Trotsky est une sorte de marche à suivre large vers le socialisme, qui est encore très actuel aujourd’hui. Dans le chapitre sur l’échelle mobile des salaires, on reconnaît le combat du 15$/h tel que lancé par Alternative socialiste, soit avec une indexation au coût de la vie.

Trotsky nous parle aussi de l’importance de s’investir dans les milieux syndicaux. Comme nous l’avons déjà dit, même si on a plusieurs reproches à faire aux dirigeants syndicaux des grandes centrales et de ses valets qui ne sont là que pour leur intérêt personnel, il reste que la masse des travailleurs et travailleuses organisée s’y trouve et qu’on a le devoir d’être présents pour amener cette masse vers des perspectives socialistes. À cet égard, la critique de Trotsky envers des syndicats dits révolutionnaires, comme on pourrait étiqueter le IWW, est assez sévère :

            « Les tentatives sectaires d’édifier ou de maintenir des petits syndicats « révolutionnaires » comme une seconde édition du parti signifient, en fait, le renoncement à la lutte pour la direction de la classe ouvrière. Il faut poser ici comme un principe inébranlable : l’auto-isolement capitulard hors des syndicats de masses, équivalant à la trahison de la révolution »

En même temps, Trotsky reste critique aussi face aux syndicats les plus puissants, et n’écarte jamais l’importance de fonder un parti ouvrier comme objectif principal de la révolution socialiste. Il sait pertinemment, et on peut l’observer dans nos propres syndicats aujourd’hui, que les dirigeants finissent par développer une tendance à négocier avec le patronat et se soumettent aux dictats de la bourgeoisie, reléguant les intérêts des travailleurs et travailleuses en 2e plan. Trotsky le résume par cette phrase :

            « S’il est criminel de tourner le dos aux organisations de masse pour se contenter de fictions sectaires, il n’est pas moins criminel de tolérer passivement la subordination du mouvement révolutionnaire des masses au contrôle de cliques bureaucratiques ouvertement réactionnaires »

Un chapitre que j’ai trouvé intéressant c’est celui intitulé  « L’alliance des ouvriers et des paysans ». Selon moi, on peut comparer ça aujourd’hui avec les travailleurs et travailleuses des PME. Lorsqu’on lit les recommandations de Trotsky sur les étapes à faire pour consolider les classes exploitées chez les paysans, on peut faire certains parallèles aujourd’hui avec les PME, notamment dans cette citation :

« Tant que le paysan reste un petit producteur «indépendant», il a besoin de crédit à bon marché, de prix accessibles pour les machines agricoles et les engrais, de conditions favorables de transport et d’une organisation honnête d’écoulement des produits agricoles. Cependant, les banques, les trusts, les négociants pillent le paysan de tout côté. Seuls, les paysans eux-mêmes peuvent réprimer ce pillage, avec l’aide des ouvriers. »

Encore plus évocatrice est cette citation qui nous rappelle comment les grandes entreprises utilisent les PME comme bouclier contre la revendication du 15$/h :

            « Invoquant mensongèrement les exigences «excessives» des ouvriers, la grande bourgeoisie fait artificiellement de la question des prix de marchandises un coin qu’elle introduit ensuite entre les ouvriers et les paysans. Le paysan, l’artisan, le petit commerçant, à la différence de l’ouvrier, de l’employé, du petit fonctionnaire, ne peuvent pas revendiquer une augmentation de salaire parallèle à l’augmentation des prix. »

Lors d’une visite d’un de nos camarades américains à l’UQAM venu parler du combat du 15$/h à son université de Boston, quelqu’un lui avait justement posé la question à savoir comment les PME peuvent faire pour aller de l’avant si elles ne peuvent honnêtement pas survivre à l’augmentation de salaire minimum. Il avait répondu exactement ce que l’on retrouve dans ce même chapitre, soit l’ouverture des livres pour attester que le problème émane de l’exploitation qui est faite aussi sur le dos des PME par les grandes entreprises, que la cause n’est pas l’augmentation des salaires, « mais dans les profits démesurés des capitalistes ».

Trotsky parle aussi de l’importance d’amener régulièrement du sang neuf dans l’organisation pour garder un niveau de moral élevé. Il est certain que la lutte est longue et pénible, et que les militants de longue date s’épuisent et peuvent laisser place au désespoir et à la lassitude. Même si la façon dont Trotsky amène cette idée, comme le titre du chapitre le souligne bien « Place à la jeunesse ! », je pense qu’il faut, à mon sens, amener ça plutôt sur l’aspect de l’ancienneté. La motivation renouvelée vient du nouveau militant autant que du jeune militant. Ce qui use la motivation, c’est les années de militantisme parsemées d’échecs et non l’âge.

Par contre, lorsqu’il dit « Place aux femmes travailleuses », là il n’y a pas d’ambiguïté. S’il y a une catégorie de personnes qui est durement éprouvée par le système capitaliste, c’est bien les femmes, autant pour leurs conditions de travail, que pour leur précarité d’emploi et le traitement général que la société capitaliste leur fait subir. L’importance d’amener les femmes à militer est capitale, d’autant plus qu’on a réprimé longtemps le droit aux femmes de s’exprimer librement au niveau politique. Toute tentative de favoriser leur participation à la lutte n’est pas une mesure pour les privilégier, mais pour ramener l’égalité.

Je recommande fortement la lecture du programme de transition pour bien connaître les perspectives auxquelles AS adhère entièrement.

Carlo Mosti

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