Front commun : Loi spéciale ou entente à rabais, la lutte doit continuer!

Le président du Conseil du trésor, Martin Coîteux, déclarait le 18 novembre dernier : « On est à des années-lumière de s’entendre». Moins d’une semaine plus tard, il abandonnait la majorité de ses attaques…

Après 3 journées de grèves, plusieurs manifestations, blocages et occupations partout au Québec, les travailleurs-euses ont démontré leur force. Uniquement la semaine passée, Coiteux a dû annuler deux présentations publiques parce que les travailleurs-euses bloquaient l’accès aux rencontres.

Cette mobilisation a réussi à forcer le gouvernement à mettre ses attaques sous le tapis. L’ensemble des mesures proposées par le gouvernement, qui menaçaient nos conditions de travail et nos droits syndicaux, ont été retirées.

Cette annonce fut faite peu de temps après le report des trois journées de grèves nationales prévues les 1,2 et 3 décembre par le Front commun, et le résultat d’un sondage démontrant le rejet de l’austérité et l’appui aux syndicats par la population.

Les directions syndicales qualifient ça de victoire, mais pour citer un électricien dans mon syndicat :

« On n’a rien gagné, car ce qu’il abandonne, c’est ce que nous avions déjà dans notre convention. À partir d’aujourd’hui, les vraies négociations commencent et là on ne doit plus faire de concessions sur les salaires, car nous les avons déjà faites. »

Entente à rabais ou loi spéciale?

Il reste deux importants dossiers à régler : les retraites et les salaires. Le gouvernement veut une entente à coût nul, mais le mandat du Front commun est de stopper l’appauvrissement des travailleurs du système public. Notre pouvoir d’achat n’égale plus l’augmentation du coût de la vie depuis 10 ans. Le gouvernement a récemment démontré une ouverture à augmenter nos salaires, mais en finançant cette augmentation via notre fonds de pension.

La question est donc de savoir jusqu’où les directions syndicales sont prêtes à faire des compromis. Notre fonds de pension est viable et il n’y a aucune raison objective pour le couper. Si le gouvernement s’entête, les directions syndicales vont sans doute préférer une loi spéciale pour ne pas s’attirer les foudres de la base. Mais encore là, cela fait plus d’un an que la base demande une stratégie syndicale advenant une loi spéciale, restée sans réponse…

Dans ce cas, soit le gouvernement risque de laisser traîner les choses, soit il impose une loi spéciale pour décréter l’imposition de nos conditions de travail. Mais, en faisant cela, il prend un risque. Plusieurs événements récents ont rendu son gouvernement impopulaire.

Les effets des coupures se font de plus en plus décrier par des groupes de citoyens. Un récent sondage mentionne que 64% des Québécois considèrent que le gouvernement « gère mal » les négociations et seulement 28% le soutiennent. Un organisme gouvernemental de statistiques (ISQ) donne raison au mouvement syndical concernant le retard salarial.

Avec une loi spéciale, le gouvernement risque de jeter de l’huile sur le feu, comme c’est arrivé en 2012, où la pression populaire a forcé la tenue d’une élection et l’annulation de la loi.

Que faire en cas de loi spéciale ? Grèves, blocages, occupations !

Lors du IVe Congrès d’Alternative socialiste tenu au début septembre, nous avons voté que « les membres syndiqué-e-s d’AS poussent pour une action d’envergure à la suite d’un décret. » Quelques semaines plus tard, le CCMM adopta cette résolution :

Que le CCMM en alliance le plus large possible organise une action pour dénoncer le gouvernement dans les 48 heures ouvrables advenant une loi spéciale décrétant un retour au travail lors de la grève du secteur public prévue cet automne.

Le conseil régional de la FTQ, plusieurs syndicats de professeurs, ainsi qu’une association étudiante (où l’un de nos camarades fut invité pour y parler de la négociation du secteur public) l’ont également adopté. L’objectif est d’éviter la démoralisation du mouvement advenant un décret.

La question est maintenant de déterminer la façon de poursuivre la lutte. Sur cet enjeu, la base est divisée. Une partie des professeurs de CÉGEPS poussent pour l’adoption d’une grève générale illimitée advenant une loi spéciale. C’est une décision courageuse que nous appuyons. Mais en faisant cela, la gauche syndicale s’isole du Front commun et décide de faire cavalier seul.

Cette attitude nous fait penser à l’échec du mouvement étudiant du printemps passé où, pour une minorité, l’objectif était d’être le plus radical possible, même au prix de s’aliéner sa base. Le mouvement étudiant ne s’en est pas encore remis et ne joue aucun rôle significatif en ce moment. Il faut défier la loi spéciale, mais il faut le faire ensemble.

La FNEEQ, qui regroupe presque tous les syndicats des professeurs de CÉGEPS, a adopté un mandat soutenant que, advenant une loi spéciale, la poursuite de la grève est un « geste de désobéissance civile légitime ». La FNEEQ regroupe 34 000 membres.

Le conseil fédéral de la FSSS, qui regroupe 130 000 travailleurs-euses du système de santé, a fortement rejeté l’idée de GGI, mais a tout de même voté pour dix journées de grève supplémentaires et ainsi témoigné clairement sa volonté de continuer la lutte. Malheureusement, il n’y a pas eu de dicussions stratégiques quant à l’adoption d’une loi spéciale.

AS supporte l’adoption de ces dix journées de grève, mais advenant une loi spéciale, celles-ci doivent être reconverties en journées de grèves illégales ou au moins en journées de perturbations nationales par l’organisation d’occupations et de blocages contre l’élite économique et politique et ainsi démontrer que le gouvernement, peu importe sa stratégie, ne nous arrêtera pas.

Pour un salaire, un emploi et une retraite, décents pour tous et toutes!
Pour des services publics gratuits et de qualité!
Pour un moratoire sur les coupures dans les services publics!
Pour un système public géré démocratiquement, par les communautés et les travailleurs-euses!
Luttons pour abolir les paradis fiscaux, fortement imposer les grandes fortunes et nationaliser le secteur bancaire et financier sous contrôle démocratique!
Pour un gouvernement qui sert les intérêts des travailleurs-euses, pas les banques et les grandes compagnies!

Les travailleurs-euses de la santé d’Alternative socialiste (6 décembre 2015).

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