Notes de lecture : Le capitalisme contre le climat de Naomi Klein

par Bill Hopwood (Socialist Alternative-Canada)

Le dernier livre de Naomi Klein This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate, récemment traduit en français, est un bon ajout aux débats sur la façon de répondre au réchauffement climatique. Naomi Klein est notamment connut pour son livre La doctrine du choc, le capitalisme du désastre. Dans ce livre, elle ne souligne pas seulement l’énorme menace qui pèse sur l’humanité, mais défend la nécessité absolue de fondamentalement changer de stratégie pour éviter la catastrophe, et saisir l’occasion « d’améliorer de façon spectaculaire les conditions de vie, de combler le fossé entre riches et pauvres, de créer de bons emplois en grand nombre » (p.10) pour vivre sur une planète saine.

Considérer le changement climatique comme une opportunité peut paraître très étrange aux yeux de nombreux écologistes démoralisés par plus de 30 ans de débats stériles durant lesquelles les émissions de dioxyde de carbone n’ont fait qu’augmenter. Par désespoir, certains se sont tournés vers des idées dangereuses comme l’énergie nucléaire ou la géoingénierie. D’autres caressent l’idée de dictatures écologistes. Naomi Klein démontre avec brio que l’échec de la lutte contre le réchauffement climatique résulte d’une stratégie erronée: celle de refuser de s’en prendre aux racines du mal, le système capitaliste. « Notre économie est en guerre contre beaucoup de formes de vie sur Terre, y compris la vie humaine. Les lois qui doivent être changées ne sont pas celles de la nature ». Le sous-titre du livre est d’ailleurs explicite : « le capitalisme contre le climat ».

La thèse centrale du livre est que le réchauffement climatique ne sera vaincu que par un mouvement de masse international liant la création d’emplois et la défense des services publics à l’environnement afin de renverser le système capitaliste. Nous défendons cette approche depuis de nombreuses années déjà, mais ce livre permet une plus large diffusion de nos idées.

Le capitalisme exploite tout autant l’écosystème que l’humanité. Montagnes et forêts deviennent du « terrain-mort » à éliminer pour atteindre les sables bitumineux ou le charbon. L’Homme en est réduit à son travail, qu’il faut « extraire brutalement » (p.169) sous la menace d’être exclu de la société. Les autorités disposent de sommes colossales d’argent dès lors qu’il s’agit de renflouer les banques, mais les caisses sont vides pour défendre l’environnement et la qualité de vie.

Le néolibéralisme a accru la détérioration de l’environnement et du bien-être social. Il a affaibli les pouvoirs de la société civile et celui des gouvernements à contrôler, du moins en partie, les décisions des multinationales. Cette idéologie néolibérale s’est emparée de presque tous les politiciens. Des accords comme le Traité transatlantique (TTIP) sont destinés à écraser les dernières règles qui protègent l’environnement et l’emploi.

Les écologistes déclarent souvent que nous devons prioritairement « sauver la planète » et que nous n’avons donc pas de temps à accorder aux questions sociales. Pour Naomi Klein, le capitalisme détruit le climat et les conditions de vie de la majorité de la population mondiale. Les deux problématiques doivent donc être attaquées de front. Un programme destiné à guérir la planète de la destruction environnementale pourrait créer des millions d’emplois décents, socialement utiles et respectueux de l’environnement.

Un mouvement de résistance de masse se développe pour l’instant face au changement climatique, très certainement aux USA, et contre l’énergie d’extraction. Ces mouvements, dans le monde entier, donnent confiance en l’avenir. Les écologistes, travailleurs-euses, indigènes et militant-es pour la justice sociale et économique peuvent consolider et étendre ces luttes en étant liés les uns aux autres. Les changements progressistes réels – la fin de l’esclavage, les droits des femmes, la lutte contre la discrimination – ont toujours été issus de mouvements de masse, et non du lobbying exercé sur les grosses entreprises et les politiciens capitalistes.

Quelle alternative ?

Naomi Klein reconnaît la nécessité de développer un mouvement de masse, mais elle n’explicite pas qu’un tel mouvement se doit d’être indépendant de l’influence politique des multinationales. Nous n’avons rien à attendre de partis comme le Parti démocrate américain. Les Démocrates parlent beaucoup de leur préoccupation de l’environnement et contrairement aux Républicains de droite, ils sont au moins au courant de la réalité du changement climatique mondial. Mais souvenons-nous que c’est Bill Clinton qui a introduit le Traité de Libre Échange nord-américain qui a détruit les emplois et l’environnement des deux côtés du Rio Grande. La présidence d’Obama a de son côté été marquée par une expansion massive des sources d’énergie polluantes, dont la fracturation hydraulique et le forage en haute mer.

D’autre part, Naomi Klein est excellente pour critiquer le capitalisme, mais ce qu’elle entend par « capitalisme » n’est pas toujours clair : est-ce seulement le néo-libéralisme ou quelque chose de plus large qu’elle appelle « l’extractivisme » ? Klein s’abstient aussi de parler de l’alternative économique et politique à défendre, le socialisme.

La seule façon réaliste de réaliser les étapes qu’elle propose – emplois verts bien payés, contrôle de l’industrie et de la finance, contrôle réel des terres par la communauté et « économie soigneusement planifiée » (p. 94) – est de remplacer le capitalisme par une intendance coopérative collective des terres et des ressources dont les bénéfices seraient partagés entre toutes et tous : un monde socialiste.

Klein est peut-être réticente à parler de socialisme parce qu’elle ne connaît pas bien la critique marxiste du stalinisme. Elle semble peu informée au sujet du socialisme, parlant de « socialisme autoritaire » en référence à l’Union soviétique. Il y a une contradiction dans les termes ; le socialisme ne peut exister sans une démocratie saine et dynamique. L’Union soviétique, sous Staline et ensuite, n’était pas démocratique, et la planification n’était basée ni sur la compréhension de l’environnement ni sur la conscience marxiste de la profonde connexion entre le bien-être humain et la nature. Cette réticence affaiblit l’argumentation de Klein. Le mouvement pour renverser le capitalisme devra être un mouvement de masse à travers le monde entier, avec une compréhension claire de l’ennemi et de ce par quoi il faut le remplacer : une société socialiste qui donne de la valeur à la terre, à sa biodiversité et à son Humanité.

(1) Naomi Klein, This Changes Everything:Capitalism vs. The Climate, Toronto, Knopf Canada, 2014. L’ouvrage est maintenant disponible en français.

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