Par contre, la solution proposée de créer une « conférence de fondation d’un front écosocialiste de Québec solidaire » entre en contradiction avec l’objectif de mettre de côté les écueils idéologiques entre les différentes tendances. Cela exclut d’emblée tous les groupes et les individus qui ne se reconnaissent pas sous cette étiquette dans Québec solidaire (TMI, PCQ, PCC, Unité ouvrière, Décroissance conviviale). Nous pouvons être écologique sans ce sentir obliger d'ajouter un "éco" devant le socialisme. C’est le cas d’Alternative socialiste et de toutes les sections du Comité pour une Internationale ouvrière dans le monde[4]. Alternative socialiste ne voit pas en quoi l’écosocialisme pourrait être un élément fédérateur.
Selon nous, un des grands problèmes de QS soulevé par GS, qui pourrait servir de base d’unité, est la difficulté de QS à « identifier clairement les forces qui s’opposent à ses propositions ». En effet, si QS n’identifie pas clairement les forces sociales qui vont barrer la route à son projet de société, il ne pourra pas développer le bon programme et encore moins la bonne tactique pour contrecarrer les offensives des classes dominantes. C’est là que la création d’un pôle organisationnel de la gauche radicale de Québec solidaire prend tout son sens, mais identifier l’ennemi présuppose également la nécessité d’identifier du même coup les forces sociales sur lesquelles Québec solidaire doit s’appuyer pour réaliser son programme politique.
Pour un parti des travailleurs et travailleuses!
Pour beaucoup de gens, Québec solidaire est clairement un parti de gauche, souverainiste, écologiste et féministe, mais n’est pas clairement le représentant des travailleurs-euses, syndiqués ou non. Pour que QS devienne réellement un parti de la rue, il faut qu’il s’appuie sur les mouvements sociaux. Personne ne remet ça en questions. Mais le secteur le plus important, où Québec solidaire est le moins bien représenté, c’est dans le mouvement ouvrier. Ce n’est pas normal pour un parti de gauche que son angle mort soit les syndicats. Et GS ne semble pas être en désaccord avec cela :
2. 4. Rapports avec les mouvements sociaux et l’absence de développement d’une logique de classe
Québec solidaire s’est aussi caractérisé par un appui conséquent aux luttes des différents mouvements sociaux (mouvement syndical, mouvement féministe, mouvement étudiant, mouvements environnementaux) et cet appui s’est souvent caractérisé par la présence active et militante des membres de Québec solidaire dans ces mouvements, sans parler de la présence assidue des porte-parole. Mais, en dehors des organisations de campus et des comités femmes qui existent dans un nombre restreint des régions, la seule structure fondamentale d’organisation des militantEs et membres du parti reste l’association de circonscription. Il n’y a pas de structures militantes liées aux mouvements sociaux, en dehors des exceptions mentionnées, inscrites par le mode de fonctionnement prévu par le parti. Cela n’est que très partiellement contourné-e-s par l’organisation d’un collectif intersyndical (jusqu’ici non officiellement reconnu d’ailleurs). Le rapport avec le mouvement syndical et ses directions n’a pas fait l’objet de discussion collective tout comme une réflexion générale des rapports avec les différents mouvements sociaux. Une conception d’une division du travail entre mouvement social et action du parti politique reproduit une conception qui laisse les militantEs de Québec solidaire à eux même sans coordination dans leur travail.
Cette lacune ne doit pas être uniquement imputée à QS, la bureaucratie syndicale à également une grande part de responsabilité, et GS l’identifie bien :
Non seulement les mouvements syndicaux doivent être prêts à déclencher des grèves générales illimitées et des confrontations de masse avec l’État, mais ils doivent fonctionner également en tant que tribunes des oppriméEs luttant à partir d’un programme qui place les besoins des couches populaires les plus pauvres au premier plan.
Pour Alternative socialiste, c’est là que doivent être concentrés tous les efforts des militants anticapitalistes de Québec solidaire. Notre rôle est d’être le trait d’union entre la colère réelle et palpable des travailleurs-euses (corruption, ressources naturelles, politique d’austérité, coût de la vie, perte d’emplois) et le véhicule politique pour l’exprimer : Québec solidaire. Réfléchir et débattre ensemble, mais surtout s’organiser, pour amener les travailleurs-euses dans Québec solidaire et Québec solidaire chez les travailleurs.
Proposition d’Alternative socialiste :
1) Nous invitons les groupes anticapitalistes et les individus à manifester leur intérêt et à organiser une rencontre préliminaire ayant pour objectif de rédiger un appel commun à l’ensemble de la gauche anticapitaliste.
2) Que cet appel propose, entre autres, la création d’un comité de coordination unitaire de la gauche anticapitaliste.
3) Que ce comité de coordination organise une conférence sur le thème « Les anticapitalistes et Québec solidaire », cette initiative pourrait se dérouler en août prochain lors des Nouveaux Cahiers du Socialisme, si ces derniers acceptent la proposition. Le fruit de ces interventions pourrait être regroupé dans une publication ou un site internet en vue de préparer une assemblée générale de fondation.
[1]Gauche socialiste, Regrouper la gauche écosocialiste de Québec solidaire :
Pourquoi ? Comment ?, 23 octobre 2012, http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article3290.
[2]Alternative socialiste, La prochaine étape : bilan et perspectives d'Alternative socialiste sur la grève étudiante et les élections québécoises de 2012, 8 octobre 2012, http://alternativesocialiste.org/blogweb/index.php?/archives/60-GRVE-TUDIANTE-ET-LECTIONS-QUBECOISES-2012-La-prochaine-tape.html#extended.
[3]« Sur la définition des enjeux principaux, sur les combats qu’il faut mener, sur le rythme des résultats attendus, sur les méthodes qu’il faut employer, la gauche anticapitaliste ne constitue pas actuellement une force unifiée politique et capable d’initiatives sans que tout un travail d’autoconstruction soit fait. Ce travail d’autoconstruction ne doit pas être axé sur ses dimensions idéologiques (le socialisme que nous voulons) mais principalement sur ces dimensions stratégiques (les combats politiques les plus essentiels à mener, les modes de liaison aux mouvements sociaux, les regroupements à favoriser (politiques d’alliances) et ceux à éviter, les formes de démocratie à mettre de l’avant dans le parti, la diversification des types de travail du parti : recrutement, formation, d’implantation dans les milieux sociaux, électoraux, parlementaires). »
[4]Pour en savoir plus sur la position du CIO sur l’environnement :
Pete Dickenson, Planning for the Planet : How socialism could save the environment, Socialist Publications, 2012.
Par Alternative Socialiste