Malgré tous ces chroniqueurs et politiciens qui annonçaient la marginalisation et l’essoufflement du mouvement étudiant, la lutte contre la hausse des frais de scolarité bat tous les records. Environ 150 000 étudiant-e-s sont toujours en grève après 10 semaines de débrayage. Les manifestations et les actions de perturbation se succèdent jour après jour aux quatre coins du Québec. Plusieurs syndicats, mouvements populaires, organisations politiques et citoyens-ennes se rangent du côté des étudiant-e-s. Etc.
Cela dit, la lutte a grandement évolué depuis le début du conflit. Il ne s'agit plus seulement d'exprimer son désaccord avec la décision de hausser les frais de scolarité de 1625$, mais de résister à un autoritarisme sans précédent; ultime tentative du gouvernement de mater le mouvement étudiant.
En effet, ce à quoi nous avons assisté ces derniers jours est plutôt troublant. Mais cela n'empêchera pas le combat de continuer. Bien au contraire, c'est une raison de plus pour lutter.
Étant confronté à une trop grand opposition, le gouvernement Charest a dû faire des offres aux étudiant-e-s malgré qu'il disait ne pas avoir à plier à leurs demandes. Bien entendu, il s'agissait en fait de fausses propositions puisque la première fois ce n'était qu'une banale modification à l'aide financière aux études et que la deuxième consistait à s'asseoir avec les associations étudiantes, à condition qu'elles condamnent le vandalisme, pour parler de la gestion des universités. Heureusement, les étudiant-e-s ne sont pas dupes et ces tentatives de les diviser n'ont pas eu un gros effet.
Les directions d'universités et de collèges étant au pied du mur, certaines d'entre elles ont par conséquent essayées de mettre elles mêmes fin au conflit au courant de la semaine dernière. Leur solution? Demander à la Cour des injonctions pour forcer la fin de la grève dans leurs établissements malgré les décisions prises démocratiquement par les étudiant-e-s. Mais que les injonctions soient accordées ou non, il était stupide de croire qu'un tel mouvement allait se laisser faire par une mesure aussi grotesque.
Aux collèges de Valleyfield et de Saint Jean-sur-Richelieu, étudiant-e-s et professeur-e-s ont continué de manifester forçant ainsi l'annulation des cours malgré les injonctions. Même chose à l'Université du Québec en Outaouais où la situation a rapidement dégénérée lorsque le recteur(qui est aussi un sympathisant du Parti Libéral du Québec) a fait appel aux forces de l'ordre. En 3 jours, des centaines d'arrestations d'étudiant-e-s, de professeur-e-s et autres ont eu lieu à ce seul endroit. Les manifestations, qui n'ont été que plus vives, ont été si fortement réprimées que la brutalité policière a causée plusieurs blessés. À l'Université de Montréal par ailleurs, l'injonction n'a cependant pas été accordée. Mais dans un élan de folie, la direction a tout de même demandé à ses agents de sécurité, à la police ainsi qu'à une compagnie privée de sécurité de venir mettre fin aux protestations qui se déroulaient sur le campus. Cette provocation a elle aussi engendrée intimidation, colère, casse et etc.
Bien qu'il n'y ait pas beaucoup de grévistes à Québec, la lutte s'y déroule tout de même. Une marche a même dû avoir lieu le 17 avril dernier pour dénoncer un texte publié dans un important journal local par un haut fonctionnaire qui vantait les méthodes des fascistes pour mater les protestations. Une autre manifestation spontanée a prit place deux jours plus tard pour protester contre les menaces d'une direction de CÉGEP de la région envers une professeure qui voulait donner son cours à l'extérieur pour s'opposer symboliquement à la hausse des frais de scolarité. Cette manifestation pacifique a cependant été le théâtre d'abus de la part de la police qui a procédé à une cinquantaine d'arrestations purement arbitraires.
Voilà le contexte qui a mené à la journée du 20 avril où des centaines manifestant-e-s bien décidé ont essayé de perturber une allocution du premier ministre à Montréal. La tension a rapidement montée. Alors que les policiers ont usés de tout ce qu'ils avaient(poivre de cayenne, lacrymogènes, matraques, arrestations musclées, grenades assourdissantes, balles de caoutchouc,...) d'une manière assez arbitraire encore une fois pour contenir la manifestation, les protestataires se sont livré à une émeute qui a durée plusieurs heures. Barricades dans les rues, projectiles de tous bords tous côtés, nuage de fumée causée par des incendies et des gaz, grabuge,... Le tout s'est soldé par de nombreuses arrestations, mais aussi par de nombreux blessés manifstant-e-s, civil-e-s et même policiers-ères.
Pendant ce temps, le premier ministre (qui a été forcé de commencer en retard la présentation de son « Plan Nord » à des gens d'affaires au Palais de congrès) n'a rien trouvé de mieux à faire que de blaguer sur la situation en disant que, grâce à lui, les étudiant-e-s pourront se trouver un emploi dans le nord de la province et que l'on n'entendrait par conséquent plus parler d'eux et d'elles. … Non seulement cette « blague » est une insulte à l'ensemble des étudiant-e-s qui tentent de se faire entendre sur une question qui les concerne, mais c'est aussi une insulte à toute la population qui, qu'elle soit contre la hausse ou non, souhaite un vrai dialogue et un dénouement à cette crise.
L’incompétence des libéraux dans la gestion de ce conflit doublé par les scandales de corruptions et leur fameux Plan Nord qui consiste à vendre à rabais nos ressources naturelles au privé, ne fait que montrer que le gouvernement se fiche éperdument de ce que les gens pensent. Tout ce qui compte pour eux, c'est leurs propres intérêts et ceux de leurs amis. Mais même en usant de la force, leur mépris pour la population n'a pas été capable de faire taire les étudiant-e-s et leurs alliés. La lutte contre la hausse des frais de scolarité continuera. Et elle est même une victoire en soit. Certes, ce n'est pas une victoire totale pour l'instant, mais déjà cette lutte a su développer une conscience et un recours à la mobilisation qui aideront à la défense de nos intérêts collectifs au Québec à l'avenir.
C'est d'ailleurs pourquoi à Alternative Socialiste nous savons que d'autres progrès peuvent encore être fait dans ce sens. Il faut notamment élargir la lutte à l'austérité en général et la transporter chez les travailleurs-euses et les autres couches de la population qui, avec les étudiant-e-s, peuvent et doivent faire un contre-poids aux magouilles de nos élites. Mais cette lutte ne doit pas seulement se contenter de répliquer aux attaques de l'establishment. Il faut aussi qu'elle se canalise en une lutte politique pour renverser la dictature des marchés qui génère tous ces problèmes.
Par AS Québec