Décoloniser l’éducation autochtone

Malgré le discours de Trudeau sur le soutien aux communautés autochtones, les enfants des réserves reçoivent de 20 à 37% moins de fonds que les étudiant·e·s ailleurs au Canada, 32% des écoles des Premières Nations n’ont pas accès à de l’eau potable et seulement 39% des écoles des Premières Nations ont une bibliothèque entièrement équipée. En 2011, l’Assemblée des Premières Nations a déclaré que 47% des Premières Nations ont besoin de nouvelles écoles. Ces lacunes ont un impact énorme sur les conditions de vie future des peuples autochtones.

L’éducation est un droit issu de traités. Le gouvernement du Canada est légalement responsable de l’éducation des Premières nations.

Les Autochtones ont été tout sauf silencieux·euses face à ces carences, mais leurs demandes sont tombées dans l’oreille d’un sourd. Ils et elles ont quand même persisté. Comme Chelsea Edwards, 14 ans, a déclaré : « Peut-être avez-vous entendu l’histoire de la façon dont Rosa Parks a aidé à lancer le mouvement des droits civiques. Eh bien, nous sommes les enfants qui sont assis à l’arrière de l’autobus scolaire toute notre vie. Et nous ne voulons plus rester là-bas. »

Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, en est un exemple. Les enfants ont été scolarisé·e·s dans des classes mobiles pendant 12 ans après 20 ans d’enseignement dans une école située sur un déversement de diesel toxique – trois générations d’étudiant·e·s! Pour terminer leurs études secondaires, les enfants ont été obligé·e·s de quitter leurs familles et de se rendre dans les communautés du Sud. Shannen Koostachin, de la Première Nation d’Attawapiskat, n’avait que 13 ans lorsqu’elle a quitté son domicile. Après que le gouvernement eut brisé sa promesse d’une nouvelle école, Shannen et d’autres étudiant·e·s se sont rendu·e·s à Ottawa pour réclamer une nouvelle école, ont tenu des rassemblements et sont allé·e·s à la rencontre avec des étudiant·e·s de tout le pays. Ce combat est devenu le plus important mouvement de défense des droits des jeunes dans l’histoire du Canada. En 2014, la nouvelle école primaire Kattawapiskak a été ouverte quatre ans après la mort tragique de Shannen dans un accident de voiture.

Shannen’s Dream a inspiré d’autres étudiant·e·s et communautés à se lancer dans cette lutte. Mais il faut plus que des écoles adéquates. Il y a 20 ans, les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse ont pris le contrôle de l’éducation de leurs enfants en accordant la priorité à la langue et à la culture pour donner confiance à leurs élèves. L’augmentation de la fréquentation scolaire et des diplômé·e·s du secondaire qui en a résulté a incité 14 Premières Nations du Yukon à apporter des changements similaires. En 2016, 10 communautés des Premières Nations du Manitoba ont créé un nouveau conseil scolaire autochtone intégrant la pédagogie autochtone dans les programmes.

Avec un financement adéquat et durable, les enfants des Premières Nations méritent d’avoir accès à une éducation qui les reconnecte au savoir, à la terre et aux langues autochtones.

Tiré de Decolonizing Indigenous Education d’Allie Pev et Leslie Kemp de SA Canada
Traduit par Carlo Mosti

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