Victoire du mouvement Tax Amazon à Seattle

Le 14 mai dernier, le conseil municipal de Seattle a imposé une taxe historique sur Amazon et d’autres grandes sociétés afin de financer des logements publics à prix abordable. La force de notre victoire a été la force de notre mouvement #TaxAmazon.

Durant l’automne 2017, notre mouvement, sous la direction de militant·e·s du logement, de Socialist Alternative, de Democratic Socialists of America et de la conseillère socialiste Kshama Sawant, a mis la question du logement abordable à l’avant-scène. Des militant·e·s ont occupé la mairie et nous avons amené ce combat aux audiences du conseil municipal de novembre.

Durant la semaine précédant le vote final, les grandes entreprises et les politicien·ne·s à leur solde – comme la mairesse Jenny Durkan – ont travaillé avec acharnement pour diluer la législation et l’affaiblir. La mairesse Durkan a mis de l’avant une contre-proposition qui visait à réduire la taxe proposée de 75 millions $ à 40 millions $/an. Cet argent aurait été injecté dans des services temporaires, dont certains visent à déplacer des sans-abri, au lieu d’être investis pour créer des logements permanents et abordables.

Un mouvement gagnant

En raison de la force de notre mouvement Tax Amazon, sa proposition a été rejetée par le comité des finances du conseil municipal. Toutefois, alors que le mouvement se battait dans les rues pour 75 millions $/an sans aucune échappatoire, le reste du conseil municipal a conclu un accord avec la mairesse et les grandes entreprises. Bien que cet accord soit légèrement meilleur que celui de Bezos-Durkan (48 vs 40 millions $/an, en dessous de l’objectif de départ de 75 millions $), c’est un transfert de 48 millions $/an des poches des grandes entreprises vers celles des travailleurs et travailleuses. Cette victoire n’aurait jamais été gagnée sans le combat que nous avons érigé.

Comme avec le salaire minimum de 15$/h, ce que nous avons gagné est basé sur la force de notre mouvement, notre capacité à continuer à mobiliser un large soutien du public, et notre capacité à vaincre politiquement les arguments des grandes entreprises. Amazon et son PDG, Jeff Bezos, ont combattu vicieusement cette taxe dans son intégralité. Nous leur avons maintenant arraché des dizaines de millions de dollars pour financer des logements abordables.

L’extorsion d’Amazon

Dans la période précédant le vote final, Amazon a envoyé une menace d’extorsion aux travailleurs·euses de Seattle. Amazon a promis d’arrêter ses projets de construction si cette taxe était adoptée, tenant plus de 7 000 emplois en otage!

Soyons clairs: il n’y a pas d’intérêt financier immédiat pour Amazon d’arrêter à mi-chemin la construction de ses projets. De plus, cette taxe ne parvient même pas à faire une brèche dans les énormes profits d’Amazon à Seattle. Cet acte honteux d’intimidation par la classe des milliardaires est une tentative flagrante de diviser les travailleurs·euses de Seattle. La taxe initiale, 75 millions $/an, représente de la petite monnaie pour Jeff Bezos, l’homme le plus riche de la planète. La menace d’extorsion d’Amazon est une tentative de maintenir une poigne de fer sur la politique politique locale en faisant fléchir l’économie de Seattle à travers son pouvoir financier. Il s’agit aussi d’un message visant à intimider les travailleurs·euses d’autres villes du pays où Amazon a des bureaux et des centres de distribution. En tant que socialistes, nous ne sommes pas naïfs au sujet de l’énorme pouvoir d’Amazon ou du nombre d’emplois qu’il détient. Mais, nous rejetons complètement la course au capitalisme vers le bas qui cherche à opposer logement et emplois, ville contre ville et travailleurs·euses contre travailleurs·euses.

La course capitaliste vers le bas

Ce sont des menaces comme celle-là qui illustrent clairement la course brutale vers le bas, inhérente au système capitaliste. Les grandes entreprises comme Amazon cherchent à réduire les coûts à chaque tournant. Et ce sont les travailleurs·euses qui portent toujours le poids de ces attaques. C’est la norme pour un système qui place le profit et la richesse de quelques-un·e·s au-dessus des besoins de la grande majorité de la population. La richesse de Jeff Bezos repose sur les épaules de dizaines de milliers d’employé·e·s d’Amazon. Ce sont ces employé·e·s qui font fonctionner l’entreprise et qui créent sa richesse. Nous avons besoin d’une société fondamentalement différente – une société socialiste. Dans une telle société, nous transformons les grandes entreprises comme Amazon en propriété publique que nous gérons démocratiquement plutôt que de se plier à leur extorsion. Les victoires socialistes ponctuelles comme la taxe sur Amazon ou le passage d’un salaire minimum de 15 $/h sont les premières étapes critiques d’un mouvement qui doit aller plus loin.

La nécessité des logements sociaux

Le capitalisme est incapable de fournir des logements abordables et de qualité pour tout le monde. Nous devons nous battre pour trouver une alternative au marché du logement privé et pour contrôler les prix des loyers. Nous avons besoin d’une expansion massive de dizaines de milliers d’unités de logements sociaux publics qui ne sont pas à la merci des caprices du marché. Au lieu de laisser la classe des milliardaires et le lobby de l’immobilier influencer le prix des logements, nous devons nous battre pour offrir une alternative aux travailleurs·euses. Une gestion socialiste permettrait de nous assurer que tout l’argent généré par les loyers est investi directement dans le maintien et l’expansion des logements publics au lieu d’atterrir dans les poches des spéculateurs. Enfin, nous pourrions exiger que les logements soient construits avec une main-d’œuvre syndiquée à 100% et que la priorité soit accordée aux entreprises de construction locales et appartenant à des minorités, assurant ainsi un maximum d’avantages aux travailleurs·euses de Seattle.

Nous sommes prêt·e·s à nous battre! Un autre monde est possible

La victoire remportée par notre mouvement à Seattle a le potentiel de s’étendre dans tout le pays. Même si le montant de la taxe adoptée est plus bas que l’objectif de départ, c’est quand même un gain de 48 millions $ par année qu’Amazon et les autres grandes entreprises ne voulaient pas payer! Ce montant est aussi le double de celui de la taxe qu’ont rejeté les autres politicien·ne·s du conseil municipal lors des audiences du budget en automne dernier. En construisant un mouvement déterminé, nous avons gagné l’une des taxes sur les grandes entreprises les plus progressistes du pays! Toutefois, l’importance de la direction de Socialist Alternative et de l’action de Kshama Sawant dans cette victoire ne doit pas être surévaluée. C’est en nous basant sur le pouvoir de perturbation des travailleurs·euses que nous avons forcé l’ensemble des entreprises et des institutions politiques de Seattle à capituler devant notre mouvement.

La lutte doit toutefois continuer. Nous ne pouvons pas laisser l’establishment de la ville permettre aux grandes entreprises et aux promoteurs de se déchaîner, nous privant de notre droit à un logement sûr et abordable. Nous devons nous battre non seulement pour des gains immédiats, mais pour une alternative au système capitaliste en faillite. Nous devons lutter pour un avenir où personne n’est forcé·e à mourir seul dans la rue, où personne n’est obligé·e de choisir entre un·e partenaire violent ou la rue, où personne n’est forcé·e de quitter la ville où il ou elle travaille.

Nous luttons pour une ville et un monde fondés sur la solidarité, l’égalité et la démocratie, où les besoins et les aspirations de tou·te·s les travailleurs·euses et des communautés opprimées comptent réellement. Nous devons unir nos luttes – taxer Amazon et les grandes entreprises, lutter pour un salaire minimum de 15$/h, faire la grève pour une éducation publique pleinement financée, pour mettre fin à la brutalité policière et au système d’incarcération de masse – pour lutter pour un autre type de société. Nous avons un monde à gagner.

Traduction par Carlo Mosti de l’article US: Tax Amazon movement wins in Seattle de Keely Mullen et Calvin Priest.