Les médias contre Projet Montréal

Je me rendais au travail ce matin, relativement heureux, lorsque j’ai vu quelque chose du coin de l’œil. Je ne lis pas habituellement le journal Metro, étant donné que j’ai des meilleures choses à lire, mais la couleur orange vif de la une, avec un titre en gras au sujet d’une hausse des impôts de 3,3%1, a attiré mon attention. Le titre était alarmiste, et j’étais confus de voir un grand titre qui démontrait si clairement une décision budgétaire de façon si négative.

L’augmentation de la taxe de l’eau fait exploser la facture des propriétaires

J’ai donc décidé de lire l’article en question, afin d’apprendre que pour une personne propriétaire d’une maison valant 417 000$, la hausse causerait une augmentation de 118$ par année, ou de 10$ par mois. J’ai alors remarqué quelque chose d’autre; dans le titre ci-mentionné, l’augmentation ferait « exploser » le coût de vie des propriétaires.

Je lis rarement ce journal en particulier, alors ma colère est peut-être déplacée, mais je ne me rappelle pas d’avoir vu le même genre de traitement médiatique lorsque le coût des médicaments a augmenté pour nos aînés, ou lorsque des coupures ont été imposées sur notre système santé il y a quelques mois/années. Non pas qu’il manquait de reportage, mais un titre aussi frappe-à-l’œil à la une? Je ne crois pas.

Une première inquiétude évidente vient du manque d’impartialité des éditeurs de journaux. Une augmentation des impôts n’est pas de l’argent qui ne fait que disparaître; à quoi servira-t-elle? Ces dépenses sont-elles nécessaires? Sont-elles responsables? Valent-elles la peine? Malheureusement, au lieu d’enquêter, la simple connotation négative attribuée au mot taxe est assez pour que ce journal – qui, rappelons-le, doit rapporter des nouvelles – arrive à toutes les conclusions qu’elle considérait nécessaires.

Ma deuxième inquiétude vient du cadrage de cet enjeu. La perspective à qui est utilisée pour analyser cette situation? Dans celle-ci, ce ne sont pas ceux qui bénéficieront de ce à quoi cet argent supplémentaire sera attribué, mais seulement du point de vue des propriétaires. En soi, cela n’est pas un problème si tu composes un éditorial ou une publicité négative, mais si ton travail est de reporter les nouvelles d’une perspective non biaisée, alors de sérieuses questions se posent.

Le contexte est important; quoique cet article pourrait nous mener à croire que les gens qui ont assez d’argent pour posséder des maisons à 400 000$ à Montréal souffrent, le Conference Board du Canada2 nous informe que le Québec se positionne à la 10e place en matière d’inégalités des revenus. De plus, le prix moyen d’une maison à Montréal est de 378 000$, et non de 417 000$. Cela veut dire que pour plus que la moitié de la population propriétaire à Montréal, ce qui représente 56% de la population totale, l’augmentation sera moins élevée que les chiffres cités dans l’article de journal. Moins de 10$ par mois, pour des gens qui ont déjà assez d’argent pour posséder une maison?

Catastrophique?! Révoltant?! Inacceptable?! La moitié de 56% des Montréalais devront payer 10$ ou moins par mois. Un peu moins que la moitié, soit ceux qui gagnent assez pour se payer des maisons qui valent plus que la moyenne, 10$ ou plus par mois! On n’imagine mal comment ils feront pour survivre.

Le prix moyen des maisons a augmenté de 8,1% depuis l’année passée à Montréal3. Les gens doivent payer 8,1% de plus que ce qu’ils payaient l’année passée pour une maison, en moyenne, ce qui est plus que deux fois l’augmentation des impôts. Cette augmentation n’est pas si importante si tu possèdes déjà une maison au moment où t’en achètes une nouvelle, mais c’est important pour les premiers acheteurs. Personne n’a écrit un article à la une en caractère gras à propos de ça, par contre.

Malheureusement, cette perspective est trop commune dans les médias de masse; si tu es riche et confortable, tes problèmes sont amplifiés, alors que les travailleurs et les travailleuses dans la misère n’ont pas droit à une telle fanfare. Chez Alternative Socialiste, nous offrons un espace pour les travailleurs et les travailleuses comme vous et moi puissent discuter de nos problèmes et des nos priorités. Nous avons besoin de nous entraider si nous voulons une société qui s’intéresse à la majorité de la population.

SPL

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Notes:

La plus forte hausse de taxes en 6 ans pour les Montréalais, Laurence Houde-Roy et Matthieu Payen, Journal de Montréal, 10 janvier 2018
2 Inégalité des revenus, The Conference Board of Canada
Canadian House Prices, Living in Canada